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Lexique · Fluides · le Donjon

Crachat

hygrophilie, n. · angl. Spitting, spit play

« cracher », d'un latin populaire craccare, onomatopée du raclement de gorge ; « salive », du latin saliva. Les sexologues rangent le goût des sécrétions humides sous hygrophilie, du grec hygros, « humide » ; le milieu dit spit play.

Cracher sur l'autre, dans sa bouche, sur son sexe, ou se laisser cracher dessus ; et, plus doucement, mouiller les doigts ou le sexe à la salive avant de toucher. Le crachat est l'insulte la plus universelle du monde ; retourné en caresse, il devient l'un des gestes de domination les plus intimes qui soient.

D'où vient le gestel'insulte, le remède, la bénédiction

Le crachat au visage est, dans presque toutes les cultures, le geste du mépris : la Bible le prescrit à la veuve contre le beau-frère qui la refuse, et les soldats le donnent au Christ. Mais la salive fut aussi un remède et une bénédiction : Pline l'Ancien, au livre XXVIII de son Histoire naturelle, recense les vertus de la salive à jeun contre les serpents et les maux d'yeux ; les Évangiles font guérir un aveugle avec de la boue et de la salive ; les Maasaï du Kenya crachent dans leur paume avant de serrer la main d'un aîné et sur la tête des nouveau-nés pour les protéger. Le même fluide dit tour à tour la haine, le soin et le respect : tout dépend de qui le donne à qui.

Avant les lubrifiants du commerce, la salive fut celui de l'humanité entière : la main mouillée, le sexe humecté, l'usage est si vieux qu'il n'a pas d'histoire. Le crachat érotique, lui, est un fait des trente dernières années : il vient des scènes de domination du cinéma pornographique et des glossaires BDSM, où il figure sous spit play, entre marquage et humiliation consentie. Sa force tient à ce qu'il retourne l'insulte : ce qu'on crache au visage d'un ennemi, on l'offre à la bouche ouverte d'un amant.

Ce qui se passe dans le corpsun litre par jour, et une frontière

Trois paires de glandes, parotides, sous-maxillaires, sublinguales, produisent chaque jour un demi-litre à un litre et demi de salive : de l'eau à 99 %, des mucines qui la rendent glissante, des enzymes qui commencent la digestion, des anticorps, une molécule antidouleur découverte à l'Institut Pasteur en 2006, l'opiorphine. Elle transporte aussi des centaines d'espèces de bactéries, des dizaines de millions par millilitre : un baiser de dix secondes en échange environ quatre-vingts millions, ont calculé des chercheurs néerlandais en 2014. Comme lubrifiant, elle glisse bien et s'évapore vite ; ses enzymes irritent à la longue les muqueuses, et elle ne convient pas à l'anus, où elle sèche en quelques instants.

Ce que le crachat fait au corps est surtout dans la tête. Le psychologue Paul Rozin l'a montré par une expérience simple : on avale sa salive toute la journée, mais on refuse de boire un verre d'eau dans lequel on vient de cracher. Sortie du corps, la salive devient étrangère, et le dégoût monte : il est une affaire de frontière. Or le désir déplace cette frontière : en 2012, une équipe néerlandaise a mesuré que l'excitation sexuelle abaisse nettement le dégoût, chez des femmes à qui l'on demandait des gestes qu'elles refusaient à froid. Le crachat joue exactement là : sur la ligne où ce qui est répugnant d'un inconnu devient précieux d'un amant. La bouche qui s'ouvre pour le recevoir dit cette confiance-là, et rien d'autre.

La salive-lubrifiant le geste doux

Les doigts mouillés avant de toucher, le sexe humecté à la bouche : le plus ancien lubrifiant, pour tout sauf l'anus.

Le crachat le geste de domination

De près, sur la langue tendue, la bouche ouverte, le sexe. Il se demande à voix haute, et il se donne les yeux dans les yeux.

Comment on s'y prenddire où, cracher de près, embrasser après

  1. Dire où, et où pas. Dans la bouche, sur la langue, sur le sexe, sur la poitrine ; ou jamais au visage : chacun a sa carte, et elle se dessine avant.
  2. Le premier crachat est près. À quelques centimètres, presque posé : on ne lance rien. La distance viendra si l'autre la demande.
  3. La bouche ouverte est l'invitation. Celui qui reçoit ouvre, tire la langue, soutient le regard : c'est lui qui donne le signal, pas l'autre.
  4. Alterner avec le baiser. Cracher puis embrasser, faire passer la salive d'une bouche à l'autre : la domination et la tendresse dans le même geste.
  5. Un mot après. Le crachat remue quelque chose de vieux : on demande comment c'était, on ne laisse pas l'autre seul avec l'insulte qu'il vient de retourner.

Les précautionsce que la salive transporte

Ce qui passe par la salive. L'herpès labial (HSV-1), le cytomégalovirus, la mononucléose, les streptocoques ; et la gonorrhée de la gorge, dont des travaux australiens suggèrent qu'elle se transmet par le baiser. Le VIH, non. L'hépatite B, exceptionnellement.
Jamais dans les yeux. Les bactéries de la bouche font des conjonctivites : le crachat vise la bouche, la langue, la peau, pas les paupières. On rince à l'eau claire si ça arrive.
Pas de salive pour l'anus. Elle sèche trop vite, et son usage comme lubrifiant anal a été associé à la gonorrhée rectale chez les hommes. Un lubrifiant, pas la bouche.
Bouche saine, ou pause. Bouton de fièvre, aphtes, gencives qui saignent, angine : on remet à plus tard. Celui qui reçoit dans la bouche a le droit de le savoir.

Dans la culturedu geste sacré au geste interdit

La salive traverse l'histoire des religions comme un fluide de pouvoir : on crache pour bénir chez les Maasaï, pour conjurer le mauvais œil en Grèce, pour guérir dans les Évangiles, pour sceller un pacte dans mille contes. La modernité hygiéniste en a fait un déchet, et le code pénal une agression. C'est cette double charge, sacrée et interdite, que le jeu réveille : cracher dans la bouche de quelqu'un qui l'a demandé est l'un des rares gestes qui restent, aujourd'hui, réellement transgressifs. Les réseaux sociaux s'en sont emparés depuis quelques années comme d'une formule de désir, signe que la frontière, une fois de plus, s'est déplacée.

À retenirLa salive est une caresse dans la bouche et une insulte hors d'elle : le jeu vit exactement sur cette frontière. On crache de près, sur demande, jamais dans les yeux, et la bouche doit être saine.

Dans Intiimix

Dans Intiimix, le crachat vit au Donjon, au niveau des préliminaires : les gages le font demander à voix haute par celui qui le reçoit, bouche ouverte, avant que l'autre le donne.

La montée

1Échauffement
2Déshabillage
3Préliminaires
4Pénétration

À la table

  • Piècele Donjon
  • Gages écrits45 · 18 racines
  • Dans la démo gratuitele jeu complet
  • Mains nuesla plupart des gages

Un gage, pour goûter

Léo, maintiens la tête de Chloé en arrière par les cheveux et fais couler ta salive dans sa bouche ouverte

Niveau 3 · Préliminaires · un couple
N3

Léo et Chloé tiennent la place des joueurs : à table, chaque gage vous appelle par votre prénom, et s'écrit pour votre table, en couple, entre hommes ou entre femmes.

Notes

Comment s'appelle cette pratique ?

Crachat, aussi appelée hygrophilie. Dans le milieu : Spitting, spit play.

À quel niveau d'intimité arrive-t-elle ?

Dès le niveau 3, Préliminaires.

Quels accessoires ?

Aucun : la pratique se joue mains nues.

Est-elle dans la démo gratuite ?

Non : c'est une pratique du Donjon, qui s'ouvre avec le jeu complet.

Voir aussi

Uro 119, Éjaculation faciale 14, Éjaculation corporelle 14, Sueur 88.

SourcesRozin & Fallon, « A perspective on disgust », Psychological Review, 1987 · Borg & de Jong, « Feelings of disgust and disgust-induced avoidance weaken following induced sexual arousal in women », PLoS ONE, 2012 · Kort et al., « Shaping the oral microbiota through intimate kissing », Microbiome, 2014 · Pline l'Ancien, Histoire naturelle, livre XXVIII

Jouez-la ce soir

La démo gratuite ouvre le Boudoir. Le Donjon, et cette pratique avec lui, s'ouvre avec le jeu complet : un achat, le jeu vous appartient.

Jouer la démoLe jeu complet, 29,90 €