Lexique · Déshabillage · le Boudoir et le Donjon
Déshabiller l'autre
« déshabiller », du préfixe privatif dés- et de habiller ; ce dernier vient de habit (latin habitus, « manière d'être, tenue ») et signifiait d'abord « apprêter, préparer » avant de vouloir dire « vêtir », au XIVe siècle. Le déshabillé, substantif, désigne dès le XVIIe siècle la tenue d'intérieur : celle qu'on porte quand on n'est plus habillé pour les autres.
Retirer soi-même les vêtements de l'autre : défaire, dégrafer, faire glisser. Celui qu'on déshabille ne fait rien, ou presque ; celui qui déshabille tient dans ses mains l'ordre et le rythme du dévoilement. C'est la première caresse, et elle passe par le tissu.
D'où vient le gestedu coucher du roi au coucher de la mariée
Pendant des siècles, on ne s'est pas déshabillé seul. Le corset se lace dans le dos, la robe s'agrafe hors de portée, les bottes se tirent à deux : la femme de chambre et le valet sont les premiers déshabilleurs de l'histoire. À Versailles, le coucher de Louis XIV est une cérémonie publique où les plus grands du royaume se disputent l'honneur de tenir la chemise du roi. Être déshabillé par quelqu'un n'était pas un privilège de l'intimité : c'en était un du rang.
L'intimité est venue avec les fermetures. Le bouton à boutonnière apparaît en Europe au XIIIe siècle, la fermeture à glissière est mise au point dans les années 1910 et baptisée zipper en 1923, l'agrafe de soutien-gorge suit. Chacune de ces inventions a rendu le vêtement autonome : on peut s'en défaire seul. Dès lors, se laisser déshabiller n'est plus une nécessité, c'est un choix ; et le rituel populaire du coucher de la mariée, où les amies dévêtent la jeune épouse avant que le mari n'entre, en a longtemps gardé la solennité.
Ce qui se passe dans le corpsles mains, le tissu, et la peau qui se découvre
Les mains sont la partie du corps la mieux représentée dans le cortex du toucher : sur la carte établie par le neurochirurgien Wilder Penfield en 1937, les doigts occupent une surface démesurée. Déshabiller quelqu'un fait travailler cette précision sur un terrain ému : un bouton sous l'excitation est plus difficile qu'on ne croit, parce que le système sympathique qui accélère le cœur rend aussi les doigts moins sûrs. La maladresse du geste est physiologique, pas un défaut d'adresse.
De l'autre côté, le corps qui se laisse faire reçoit deux informations à la fois : le frottement du tissu qui glisse, lu par les capteurs de pression et de vibration de la peau, et l'air qui arrive sur la zone découverte, plus frais que le vêtement. La chair de poule, les tétons qui se dressent, le petit sursaut du ventre quand la chemise s'ouvre sont des réflexes thermiques et sympathiques. Puis vient la main de l'autre sur la peau nue : c'est le contraste entre le tissu et la peau qui fait le plaisir, et la lenteur qui le prolonge.
Le bouton ce qui résiste
Il demande deux doigts et une seconde : chaque bouton est une pause obligée. Une chemise contient plus de temps qu'un t-shirt.
Là où le vêtement bâille ce qui se devine
Barthes l'a écrit : l'endroit le plus érotique d'un corps est là où le vêtement s'entrouvre. Déshabiller, c'est ouvrir ces endroits un à un.
Comment on s'y prendde l'extérieur vers la peau
- Demander, ou se faire demander. « Laisse-moi faire » : celui qu'on déshabille baisse les bras, se laisse tourner, lève un pied. Il abandonne le geste, pas la décision.
- Commencer loin de la peau. Chaussures, montre, ceinture, bijoux : ce qui se retire sans rien découvrir. On installe le rythme avant de montrer quoi que ce soit.
- Ouvrir avant d'enlever. Une chemise se déboutonne en entier avant de glisser des épaules ; un pantalon se défait et reste en place. Le vêtement ouvert est un temps à part.
- Passer la main sous le tissu. Avant de retirer, toucher la peau sous le vêtement : le dos sous la chemise, la hanche sous la ceinture. Le tissu devient une frontière qu'on franchit.
- Retirer, puis regarder. Chaque pièce enlevée mérite une seconde de regard avant la suivante. Le corps qui se découvre le sent.
Les précautionsle tissu ne se force pas
Dans la culture« Full nakedness! »
Le plus beau poème sur le sujet a quatre siècles : dans To His Mistress Going to Bed, John Donne déshabille sa maîtresse vers après vers, ceinture, corsage, robe, chaussures, et salue la nudité entière : « Full nakedness! All joys are due to thee. » Le cinéma, lui, est né avec un déshabillage : Le Coucher de la mariée, tourné en 1896, montre une jeune épouse que son mari regarde se dévêtir derrière un paravent ; c'est l'un des tout premiers films érotiques de l'histoire.
Roland Barthes a donné à la pratique sa phrase, dans Le Plaisir du texte : « L'endroit le plus érotique d'un corps n'est-il pas là où le vêtement bâille ? » Ce n'est pas la nudité qui trouble, c'est l'intermittence : la peau qui apparaît entre deux bords, la chemise entrouverte, le gant et la manche. Déshabiller l'autre, c'est multiplier ces intermittences avant de les abolir.
Dans Intiimix
Dans Intiimix, déshabiller l'autre est le cœur du niveau Déshabillage : la table déclare ses vêtements au début de la soirée, et chaque gage en retire une pièce, à celui-ci, par celui-là. La pratique déborde sur les Préliminaires, quand il reste peu à retirer et beaucoup à toucher.
La montée
À la table
- Piècesle Boudoir · 276 et le Donjon · 150
- Gages écrits1988 · 426 racines
- Dans la démo gratuite4 gages
- Sur la commodehuile de massage, peinture corporelle, alcool
- Mains nuesla plupart des gages
Trois gages : doux, hard, et un du Donjon
Léo, assieds-toi et laisse Chloé chevaucher tes genoux et faire descendre ton pantalon pendant que tu lèves les hanches
N2Théo, retire le short d'Adam et fais couler l'huile sur ses cuisses avant de remonter vers son entrejambe
N2Jade, découpe un vêtement d'Emma aux ciseaux en frôlant sa peau à chaque coup : prends ton temps
N3Léo, Chloé, Théo, Adam, Jade et Emma tiennent la place des joueurs : à table, chaque gage vous appelle par votre prénom, et s'écrit pour votre table, en couple, entre hommes ou entre femmes.
Notes
Comment s'appelle cette pratique ?
Déshabiller l'autre.
À quel niveau d'intimité arrive-t-elle ?
Dès le niveau 2, Déshabillage. Elle monte jusqu'au niveau 3, Préliminaires.
Quels accessoires ?
Aucun n'est obligatoire. Les plus liés : huile de massage, peinture corporelle, alcool. Un gage à accessoire ne tombe que si l'objet est posé sur la commode.
Est-elle dans la démo gratuite ?
Oui, 4 gages. Les 1988 avec le jeu complet, dont les 150 racines du Donjon.
Voir aussi
Strip-tease lent 407, Caresses peau à peau 763.
SourcesRoland Barthes, Le Plaisir du texte, 1973 · John Donne, « To His Mistress Going to Bed » (Elegy XIX), écrit vers 1595, publié en 1654 · Penfield & Boldrey, « Somatic motor and sensory representation in the cerebral cortex of man », Brain, 1937 · Jean-Claude Bologne, Histoire de la pudeur, 1986