Lexique · Déshabillage · le Boudoir et le Donjon
Strip-tease lent
strip-tease, anglais des années 1930 : to strip, « dépouiller », et to tease, « agacer, faire languir ». Le français a proposé effeuillage, retirer les feuilles une à une, et les effeuilleuses ; le mot savant ecdysiaste a été forgé en 1940 par le journaliste H. L. Mencken sur ecdysis, la mue des serpents.
Se déshabiller soi-même, devant l'autre, en prenant le temps : chaque pièce retirée est un instant qui dure, chaque bouton une décision. Le strip-tease n'est pas la nudité, c'est le chemin qui y mène, et la lenteur en est la matière.
D'où vient le gestede la puce d'Yvette aux gants de Gypsy
L'effeuillage a une date de naissance parisienne. En 1893, au bal des Quat'z'Arts, une modèle d'atelier se dénude devant les étudiants des Beaux-Arts ; le procès qui suit soulève le Quartier latin. L'année d'après, une scène de Montmartre affiche Le Coucher d'Yvette : une jeune femme rentre chez elle, cherche une puce dans ses jupons et se déshabille pièce à pièce pour aller au lit. La salle vient pour la puce. Le numéro fait école, le music-hall s'en empare et la pantomime du coucher devient un genre à part entière : la mariée, la baigneuse, la puce.
L'Amérique en fait un métier. Dans les théâtres burlesques des années 1930, aux Minsky's de New York, Gypsy Rose Lee invente le strip-tease qui ne se presse pas : elle parle au public, plaisante, retire un gant plus longtemps que d'autres retirent une robe, et sort de scène à peine dévêtue. La lenteur devient l'art lui-même. Après la guerre, le mot retraverse l'Atlantique ; Paris ouvre le Crazy Horse en 1951 et, en 1957, Roland Barthes consacre au strip-tease l'une de ses Mythologies.
Ce qui se passe dans le corpsl'attente, pas la peau
Le strip-tease exploite un mécanisme que la neuroscience du plaisir connaît bien : le cerveau s'active davantage à l'annonce d'une chose désirée qu'à son arrivée. Les neurones à dopamine répondent au signal qui prédit la récompense, pas à la récompense elle-même ; des travaux sur le singe l'ont établi dans les années 1990. Chaque bouton défait est un tel signal. Le corps qui regarde a le cœur qui bat et les pupilles qui s'ouvrent, et rien ne s'est encore passé.
Du côté de celui qui s'effeuille, la peau change dès qu'elle est découverte. L'air est plus frais que le vêtement : les capteurs du froid réagissent, la chair de poule se lève, les tétons se dressent sous l'effet du système sympathique. S'ajoute le regard : être vu nu déclenche une petite décharge d'adrénaline, la même que celle du trac. Le strip-tease lent apprivoise ce trac en le fractionnant : une épaule, puis l'autre, et le corps a le temps de s'habituer à être regardé.
Le regard celui qui regarde
Barthes l'avait noté : le strip-tease se joue dans les yeux du spectateur, entre ce qu'il voit et ce qu'il devine encore couvert.
Le gant celui qui se déshabille
Le premier accessoire de Gypsy Rose Lee : ce qui se retire doigt par doigt donne le tempo. Un gant, un bas, une manche : tout ce qui a des étapes.
Comment on s'y prendcinq étapes et un tempo
- Choisir la lumière et la musique. Une lampe, pas le plafonnier ; un morceau lent, qui donne la mesure. L'autre s'assoit : il regarde, il ne touche pas.
- Commencer par ce qui ne montre rien. Chaussures, montre, ceinture, premier bouton. Le début est une annonce, pas une révélation.
- Retirer par étapes. Chaque pièce se défait en trois temps : on l'ouvre, on la laisse pendre, on l'enlève. Un bouton après l'autre, jamais une brassée.
- Donner le regard, ou le retirer. Se retourner, ôter un haut de dos, refaire face : le corps se montre par fragments. Le regard soutenu et le dos tourné sont deux effets, on alterne.
- S'arrêter avant la fin, ou pas. Le dernier vêtement peut rester : le strip-tease finit quand on le décide. Garder une pièce est parfois le geste le plus fort.
Les précautionsle trac est normal, le forçage non
Dans la culturede Salomé à Rita Hayworth
Avant le music-hall, il y a un mythe : Salomé. L'Évangile dit seulement qu'une jeune fille danse devant Hérode et obtient la tête de Jean-Baptiste ; c'est Oscar Wilde, dans la pièce qu'il écrit en français en 1891, qui lui fait exécuter « la danse des sept voiles », et Richard Strauss qui, dans son opéra de 1905, lui donne dix minutes d'orchestre pour les ôter. La danse des sept voiles est le strip-tease des lettrés : la Bible n'en dit pas un mot, et pourtant tout le monde la voit.
Le cinéma y a ajouté un gant. Dans Gilda, en 1946, Rita Hayworth chante Put the Blame on Mame et ne retire qu'un long gant, lentement, jusqu'à l'épaule : c'est resté l'un des strip-teases les plus célèbres de l'écran, sans que rien ne soit montré. Barthes explique pourquoi : le strip-tease parisien, écrit-il, est fondé sur une contradiction, « désexualiser la femme dans le moment même où on la dénude », tout entier suspendu à la peur de la fin du numéro. Le néo-burlesque des années 2000, avec Dita Von Teese, a rendu à la lenteur son statut d'art ; et The Full Monty, en 1997, a rappelé que les hommes s'effeuillent aussi.
Dans Intiimix
Dans Intiimix, le strip-tease lent vit au niveau Déshabillage, dans le Boudoir : le gage donne le tempo, une pièce, un geste, un regard, et celui qui regarde ne touche pas tant que le gage ne le dit pas. C'est souvent le premier moment de la soirée où la table se tait.
La montée
À la table
- Piècesle Boudoir · 38 et le Donjon · 49
- Gages écrits407 · 87 racines
- Dans la démo gratuite4 gages
- Sur la commodealcool
- Mains nuesla plupart des gages
Deux gages, doux et hard
Chloé, déroule ton foulard en tournant sur toi-même et laisse tomber le tissu au sol en fixant Léo du regard
N2Théo, debout, le regard sur Adam. Adam, ordonne-lui de faire rouler son legging une jambe après l'autre sans te quitter du regard
N2Chloé, Léo, Théo et Adam tiennent la place des joueurs : à table, chaque gage vous appelle par votre prénom, et s'écrit pour votre table, en couple, entre hommes ou entre femmes.
Notes
Comment s'appelle cette pratique ?
Strip-tease lent.
À quel niveau d'intimité arrive-t-elle ?
Dès le niveau 2, Déshabillage.
Quels accessoires ?
Aucun n'est obligatoire. Les plus liés : alcool. Un gage à accessoire ne tombe que si l'objet est posé sur la commode.
Est-elle dans la démo gratuite ?
Oui, 4 gages. Les 407 avec le jeu complet, dont les 49 racines du Donjon.
Voir aussi
Déshabiller l'autre 1988, Caresses peau à peau 763.
SourcesRoland Barthes, « Strip-tease », Mythologies, 1957 · Oscar Wilde, Salomé, 1891 (publiée en 1893) ; Richard Strauss, Salome, 1905 · Gypsy Rose Lee, Gypsy: A Memoir, 1957 · Schultz, Dayan & Montague, « A neural substrate of prediction and reward », Science, 1997