Lexique · Bondage · le Donjon
Pieds attachés
« entrave », de l'ancien français entraver, « mettre des traves », c'est-à-dire des poutres aux pieds d'un cheval pour l'empêcher de fuir. Le mot dit l'origine : on a entravé les bêtes avant les hommes, et les hommes bien avant les amants.
Lier les chevilles, ensemble ou écartées, à un montant de lit, à une barre, l'une à l'autre. Le corps qui ne peut plus se déplacer ni fermer les jambes n'a plus qu'à recevoir. Moins spectaculaire que les mains, la contention des pieds est souvent celle qui change le plus l'acte lui-même.
D'où vient le gestedu cep au lit à baldaquin
Les pieds ont été liés pour retenir : ceps de bois des places publiques, fers des galères, chaînes des bagnes, dont l'entrave rend chaque pas court et bruyant. Le premier usage est pénal, et la mythologie l'a rendu érotique très tôt : Andromède enchaînée au rocher, offerte au monstre et sauvée par Persée, est l'un des nus les plus peints de l'histoire de l'art, de Titien à Rubens, et l'on n'a jamais douté de ce que ces chaînes ajoutaient au tableau.
Le bondage moderne y ajoute deux objets. La barre d'écartement, un bâton rigide qui tient les chevilles à distance fixe, entre dans les catalogues de la fin du XXe siècle et interdit de refermer les jambes. Le lit à quatre montants, lui, sort tout droit de la chambre bourgeoise : quatre points d'attache disponibles sans rien acheter. Le kinbaku japonais a sa propre figure, le futomomo, où le mollet est replié et lié contre la cuisse : la jambe pliée, le corps ne peut plus se relever, et la cuisse s'ouvre d'elle-même.
Ce qui se passe dans le corpsle nerf du genou, l'os de la cheville, la carte du cerveau
Les jambes ont leur nerf à risque comme les bras. Le nerf fibulaire commun passe juste sous la peau à l'extérieur du genou, contre la tête du péroné : une corde serrée là, un lien qui glisse du mollet vers le haut, et c'est le pied tombant, l'impossibilité de relever le pied, qui peut durer des semaines. À la cheville, les os saillants, les malléoles, sont couverts de très peu de chair : la corde s'y pose au-dessus, sur le bas du mollet, jamais dessus. Et derrière la malléole interne passe le nerf tibial, celui qui donne la sensation à la plante du pied.
Le reste est une affaire de circulation et de carte. Les pieds sont le bout du corps, le plus loin du cœur : le sang y revient mal quand les jambes ne bougent plus, d'où les pieds froids, puis violacés, d'une personne attachée trop longtemps. Sur la carte du cortex sensoriel dressée par Wilder Penfield en 1950, la zone des pieds jouxte celle des organes génitaux : on a beaucoup glosé sur cette proximité, et si elle n'explique pas tout, elle rappelle au moins que la plante du pied est l'une des surfaces les plus densément innervées du corps. Attachée, elle ne peut plus se retirer d'une caresse ni d'un chatouillement : c'est là que la contention des pieds devient une pratique sensorielle autant qu'une contention.
La barre d'écartement chevilles ouvertes
Rigide, réglable, avec des bracelets doublés. Elle interdit de fermer les jambes et rend impossible de se lever : on l'utilise couché, jamais debout.
Les bracelets cuir ou néoprène
Larges, rembourrés, à boucle : plus sûrs que la corde pour les débutants, parce qu'ils répartissent la pression et s'ouvrent d'un geste.
Comment on s'y prendattacher couché, ne jamais faire marcher
- Installer avant de lier. La personne s'allonge ou s'assoit là où elle restera ; on n'attache jamais quelqu'un debout pour le déplacer ensuite.
- Poser au-dessus des malléoles. Deux ou trois tours à plat sur le bas du mollet, deux doigts sous la corde, nœud à l'extérieur de la boucle pour qu'il ne serre pas.
- Choisir la figure. Chevilles réunies, pour le corps qui se tord ; chevilles écartées aux montants du lit, pour le corps qui s'ouvre ; genou plié et lié à la cuisse, pour une jambe qui ne se referme plus.
- Occuper les pieds. Une fois immobilisés, ils sont à disposition : plume, bouche, glace, ongles. Le chatouillement prend une autre dimension quand on ne peut plus fuir.
- Surveiller la couleur. Orteils roses, tièdes, qui bougent sur demande. Froids ou bleuis, on détache tout et on attend que la sensation revienne avant de reprendre.
Les précautionsle genou, les chevilles, la durée
Dans la cultureAndromède, Gwendoline et Annie Wilkes
La femme enchaînée par les pieds est un motif de l'art occidental depuis l'Antiquité, et le XIXe siècle en a fait une gourmandise : Andromède, les captives d'Orient des peintres académiques, puis les héroïnes ligotées sur les rails des premiers films muets. Le bondage dessiné de John Willie, dans les années 1940, en fait son ordinaire, chevilles et poignets réunis dans des positions impossibles. Le cinéma a aussi sa version noire : dans Misery (1990), Kathy Bates brise les chevilles de James Caan pour qu'il ne parte plus. Entre l'attache et l'entrave, la différence est entière : l'une se demande, l'autre se subit.
Dans Intiimix
Une pratique de la salle Bondage, dans le Donjon, qui entre au niveau 2, Déshabillage, et monte jusqu'au niveau 4.
La montée
À la table
- Piècele Donjon
- Gages écrits179 · 65 racines
- Dans la démo gratuitele jeu complet
- Sur la commodeentraves chevilles, ruban bondage, corde
- Mains nuesla plupart des gages
Deux gages, doux et hard
Léo, fixe chaque cheville de Chloé à un pied du lit avec les entraves. Retire son pull en prenant tout ton temps. Chloé, les jambes ouvertes : ne bouge rien d'autre.
N2Théo, attache les chevilles d'Adam avec les entraves : avec Nathan, caressez chacun une jambe d'Adam en remontant des pieds aux cuisses
N3Léo, Chloé, Théo, Adam et Nathan tiennent la place des joueurs : à table, chaque gage vous appelle par votre prénom, et s'écrit pour votre table, en couple, entre hommes ou entre femmes.
Notes
Comment s'appelle cette pratique ?
Pieds attachés.
À quel niveau d'intimité arrive-t-elle ?
Dès le niveau 2, Déshabillage. Elle monte jusqu'au niveau 4, Pénétration.
Quels accessoires ?
Aucun n'est obligatoire. Les plus liés : entraves chevilles, ruban bondage, corde. Un gage à accessoire ne tombe que si l'objet est posé sur la commode.
Est-elle dans la démo gratuite ?
Non : c'est une pratique du Donjon, qui s'ouvre avec le jeu complet.
Voir aussi
Mains attachées 659, Immobilisation complète 86, Position contrainte 89, Bondage parties intimes 61.
SourcesPenfield & Rasmussen, The Cerebral Cortex of Man, 1950 · Jay Wiseman, Jay Wiseman's Erotic Bondage Handbook, 2000 · Two Knotty Boys, Showing You the Ropes, 2006 · Stephen King, Misery, 1987 ; film de Rob Reiner, 1990