Lexique · Soumission · le Donjon
Attente
angl. Anticipation play
« attendre », du latin attendere, « tendre vers », d'où « faire attention » : l'attente est une tension du corps entier vers ce qui vient. Anticipation play dans le milieu anglophone, de anticipare, « prendre d'avance ».
Rester là où l'autre vous a mis : à genoux, face au mur, mains dans le dos, sans bouger, sans savoir quand il reviendra. L'attente est la pratique où il ne se passe rien ; c'est ce rien, tenu et voulu, qui fait monter tout le reste.
D'où vient le gestede Pénélope à la position d'attente
L'attente amoureuse est une figure aussi vieille que les récits : Pénélope tisse et défait pendant vingt ans ; les troubadours attendent un regard ; l'amoureux de Roland Barthes, dans les Fragments d'un discours amoureux (1977), se résume en une phrase : « je suis celui qui attend ». Barthes note que l'attente inverse les rôles : celui qui attend est le sujet, celui qu'on attend n'a rien à faire. Le Donjon a retenu cette mécanique et l'a rendue visible : on ne fait plus attendre par négligence, on le fait exprès.
La position, elle, vient des disciplines : la garde militaire, le coin de la classe, l'agenouillement de la prière. Histoire d'O en fait un règlement : à Roissy, O attend dans des postures prescrites, disponible, les yeux baissés, sans savoir qui entrera. Le milieu a donné des noms à ces positions, la « présentation », l'« inspection », le mur ; leur point commun est qu'elles ne servent à rien d'autre qu'à attendre.
Ce qui se passe dans le corpsla dopamine ne récompense pas, elle attend
La science a compris tard que le plaisir n'est pas au moment où l'on reçoit. En 1997, Wolfram Schultz et ses collègues ont montré chez le singe que les neurones à dopamine s'allument au signal qui annonce la récompense, et non plus à la récompense elle-même une fois qu'elle est prévisible. Six ans plus tard, la même équipe a trouvé mieux : ces neurones s'activent en continu, de plus en plus fort, pendant l'intervalle qui sépare l'annonce de l'arrivée, et cette montée est maximale quand la récompense n'est pas certaine, autour d'une chance sur deux. L'incertitude n'est pas un défaut de l'attente : c'est son moteur.
Le corps de celui qui attend le sait. Immobile, il n'est pas au repos : le cœur bat un peu plus vite, les muscles restent en tenue, chaque bruit de porte est un événement. La position ajoute sa fatigue, qui devient une sensation en soi ; le temps, sans montre, s'étire. Quand l'autre revient enfin, le premier contact, une main sur la nuque, un mot, est reçu comme une décharge : tout ce qui s'est accumulé se libère d'un coup. C'est pour ce moment-là qu'on attend.
La position le corps
À genoux, assis sur les talons, mains sur les cuisses ; ou debout face au mur, front contre le plâtre. Tenable dix minutes, c'est déjà long.
La consigne le temps
« Je reviens quand je veux. » Ou « dans cinq minutes ». Le flou fait monter, le compte à rebours rassure : on choisit selon la soirée.
Comment on s'y prendune position, une porte, un retour
- Choisir une position tenable. Le plaisir vient de l'attente, pas de la crampe : genoux sur un coussin, dos droit, mains posées. On l'essaie avant, ensemble.
- Donner la consigne. Où, comment, jusqu'à quoi : « tu restes ainsi jusqu'à ce que je te touche ». Avec ou sans durée annoncée ; sans, c'est plus fort, mais on convient d'un maximum entre soi.
- S'éloigner, ou pas. Sortir de la pièce, ou rester assis à lire dans le même fauteuil : être vu sans être touché est une attente à part entière.
- Faire des signes. Un pas dans le couloir, une porte qu'on ouvre puis referme, un mot depuis l'autre pièce : c'est le signal qui allume la dopamine, pas le contact. On peut jouer là-dessus longtemps.
- Revenir. Le retour est la récompense : une main d'abord, puis ce qu'on avait prévu. On ne le gâche pas en bâclant ; c'est pour lui qu'on a attendu.
Les précautionsl'immobilité a ses pièges
Dans la culturel'amoureux est celui qui attend
Barthes a écrit la page définitive : l'attente est le lieu où l'amour se prouve, et elle est toujours un peu ridicule. Le théâtre l'a portée à l'absurde avec En attendant Godot (1953), où l'on attend quelqu'un qui ne vient pas et où c'est pourtant tout ce qui se passe. Le cinéma érotique, lui, filme surtout la préparation : la femme qui se fait belle, l'homme qui attend derrière la porte, et les pages d'Histoire d'O où l'on prépare le corps pour un maître qu'on ne connaît pas encore. Le Donjon en a fait une pratique en soi, parce qu'il a compris que l'attente était déjà la scène.
Dans Intiimix
Une pratique de la salle Soumission, dans le Donjon, qui entre au niveau 1, Échauffement, et monte jusqu'au niveau 3.
La montée
À la table
- Piècele Donjon
- Gages écrits114 · 33 racines
- Dans la démo gratuitele jeu complet
- Sur la commodepoppers, bandeau (yeux), menottes
- Mains nuesla plupart des gages
Deux gages, doux et hard
Léo, lève Chloé de sa place : debout tant que tu n'accordes pas la permission de se rasseoir. Fais durer, par pur plaisir
N1Théo, bande les yeux d'Adam, place Adam à genoux et ordonne d'attendre sans bouger, Adam ne sait pas quand tu reviendras
N3Léo, Chloé, Théo et Adam tiennent la place des joueurs : à table, chaque gage vous appelle par votre prénom, et s'écrit pour votre table, en couple, entre hommes ou entre femmes.
Notes
Comment s'appelle cette pratique ?
Attente. Dans le milieu : Anticipation play.
À quel niveau d'intimité arrive-t-elle ?
Dès le niveau 1, Échauffement. Elle monte jusqu'au niveau 3, Préliminaires.
Quels accessoires ?
Aucun n'est obligatoire. Les plus liés : poppers, bandeau (yeux), menottes. Un gage à accessoire ne tombe que si l'objet est posé sur la commode.
Est-elle dans la démo gratuite ?
Non : c'est une pratique du Donjon, qui s'ouvre avec le jeu complet.
Voir aussi
Obéissance 199, Service 188, Pet play 52, Humiliation 267.
SourcesRoland Barthes, Fragments d'un discours amoureux, 1977 (figure « Attente ») · Schultz, Dayan & Montague, « A neural substrate of prediction and reward », Science, 1997 · Fiorillo, Tobler & Schultz, « Discrete coding of reward probability and uncertainty by dopamine neurons », Science, 2003 · Pauline Réage, Histoire d'O, 1954