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Lexique · Soumission · le Donjon

Service

angl. Service submission, high protocol

« service », du latin servitium, « condition de l'esclave », de servus ; le mot est remonté jusqu'à la messe et au restaurant sans perdre sa racine. Le high protocol du milieu emprunte « protocole » au grec prôtokollon, la première feuille collée au rouleau, celle qui fixe les règles de ce qui suit.

Servir l'autre : verser son verre, préparer le bain, plier ses vêtements, se tenir à disposition et ne rien attendre en retour que d'avoir bien fait. Le service est la soumission la plus calme du Donjon : pas de douleur, pas de cri, une attention entière tournée vers le confort de quelqu'un.

D'où vient le gestedu lever du roi aux communautés cuir

Le service comme cérémonie est une invention des cours. À Versailles, le lever et le coucher de Louis XIV sont réglés à la minute : qui tend la chemise, qui présente le bougeoir, dans quel ordre on entre. Servir n'y est pas une corvée mais un honneur disputé, et le protocole, la liste des gestes permis, en fait la valeur. La cérémonie du thé japonaise, codifiée par Sen no Rikyû au XVIe siècle, dit la même chose avec une bouilloire : le soin porté au geste est le message.

Le milieu BDSM a hérité de ces traditions par la porte des communautés cuir américaines de l'après-guerre, où le service, la posture, l'usage du titre et la présentation du corps ont été codifiés dans ce qu'on appelle aujourd'hui le high protocol. Cette mémoire est en partie embellie, mais la pratique est réelle : servir à table, se tenir debout derrière la chaise, ne parler que sur invitation. Histoire d'O (1954) l'avait déjà écrite : à Roissy, O sert et attend, et c'est dans ce service qu'elle se transforme.

Ce qui se passe dans le corpsle plaisir de donner et le calme du rituel

Donner fait du bien, et le cerveau le sait avant nous. Des travaux d'imagerie ont montré que le fait de donner à autrui active les mêmes circuits de récompense que le fait de recevoir ; les psychologues parlent de warm glow, la chaleur du don. Le service érotique exploite ce mécanisme et y ajoute le regard de l'autre : chaque verre posé, chaque pli réussi est vu, et parfois salué. Le corps de celui qui sert est concentré, droit, souvent silencieux ; ce n'est pas la soumission qui s'écrase, c'est celle qui s'applique.

Le rituel fait le reste. Répéter des gestes fixes dans un ordre fixe réduit l'anxiété : c'est ce que des expériences de psychologie ont mesuré chez des personnes qui accomplissent un petit rite avant une tâche stressante (Brooks et coll., 2016). Le protocole, cette liste de règles qui paraît contraignante, est en réalité ce qui apaise : on n'a plus à décider, seulement à bien faire. Celui qui reçoit le service n'est pas en reste : diriger, corriger, apprécier demande une attention soutenue, et l'étude d'Ambler (2017) retrouve chez les dominants un état proche du flow, l'absorption complète dans la tâche.

Le service simple sans protocole

Préparer le bain, masser les pieds, servir le repas : un geste de soin devenu consigne. Le plaisir est dans l'attention, pas dans la règle.

Le high protocol tout est réglé

Posture, titre, regard, permission de parler : le corps entier suit un règlement. Épuisant, exaltant, à réserver aux scènes courtes.

Comment on s'y prendune tâche, une posture, un merci

  1. Choisir une tâche. Une seule, précise, et qui fait vraiment plaisir à celui qui reçoit : le bain, le repas, le vêtement du soir. Le service se voit ; il doit servir à quelque chose.
  2. Fixer la posture. Comment se tenir en attendant : debout derrière, à genoux à côté, mains dans le dos. La posture dit le rôle sans qu'on ait à le répéter.
  3. Demander avant d'agir. « Puis-je ? » Le service ne devance pas l'envie : il l'attend. Celui qui reçoit apprend à dire oui, non, plus tard.
  4. Recevoir vraiment. Le rôle du dominant n'est pas de rester de marbre : il apprécie, il corrige, il remercie. Un service qui n'est pas reçu n'existe pas.
  5. Clore. Le dernier geste, puis la fin dite à voix haute. Le serviteur se redresse, retrouve son prénom ; on se remercie des deux côtés.

Les précautionsservir n'est pas faire le ménage

Le service se négocie comme le reste. Ce qui est un jeu et ce qui est une tâche de la maison ne se confondent pas. Si la vaisselle devient « le service » tous les soirs, ce n'est plus une scène, c'est une répartition inégale des corvées avec un collier dessus.
La fatigue est réelle. Se tenir droit une heure, ne rien décider, guetter un signe : le high protocol épuise. On commence court, on prévoit de s'asseoir, on boit.
Le drop existe aussi ici. Sans douleur, sans marque, la descente surprend : vide, tristesse le lendemain. Un mot, un contact, un « tu as été parfait » qui vaut pour les deux rôles.
Le signal reste disponible. Même quand on n'a pas la permission de parler : un geste convenu, un objet posé au sol, et tout s'arrête. Le protocole ne suspend jamais le consentement.

Dans la culturele majordome qui prend le pouvoir

Le cinéma a compris tôt que le serviteur tient son maître. The Servant de Joseph Losey (1963), sur un scénario de Harold Pinter, montre Dirk Bogarde en domestique qui, à force de servir parfaitement, finit par régner sur la maison : l'inversion est la matière même du service érotique. Les Bonnes de Jean Genet (1947) font jouer à deux servantes, le soir, le rôle de leur maîtresse ; Genet savait que la servitude est un théâtre. Et Histoire d'O, encore elle, a fixé la posture : les mains derrière le dos, le regard baissé, l'attente.

Plus près de nous, la fascination pour les maisons anglaises, majordomes et femmes de chambre, de Gosford Park à Downton Abbey, tient au même ressort : le protocole est un désir en soi. Le Donjon ne fait qu'en retirer le décor pour garder le geste.

À retenirServir est une attention, pas une corvée : le protocole apaise celui qui obéit et absorbe celui qui reçoit. Le service se négocie, se limite et se remercie.

Dans Intiimix

Une pratique de la salle Soumission, dans le Donjon, qui entre au niveau 1, Échauffement, et monte jusqu'au niveau 4.

La montée

1Échauffement
2Déshabillage
3Préliminaires
4Pénétration

À la table

  • Piècele Donjon
  • Gages écrits188 · 62 racines
  • Dans la démo gratuitele jeu complet
  • Sur la commodetalons hauts, gode ceinture, collier laisse
  • Mains nuesla plupart des gages

Deux gages, doux et hard

Chloé, place-toi derrière Léo et masse ses épaules à travers le tissu avec soin jusqu'au mot « assez ».

Niveau 1 · Échauffement · un couple
N1

Théo, enfile les talons hauts et laisse Adam et Nathan, à genoux, embrasser tes pieds à tour de rôle

Niveau 4 · Pénétration · deux hommes
N4

Chloé, Léo, Théo, Adam et Nathan tiennent la place des joueurs : à table, chaque gage vous appelle par votre prénom, et s'écrit pour votre table, en couple, entre hommes ou entre femmes.

Notes

Comment s'appelle cette pratique ?

Service. Dans le milieu : Service submission, high protocol.

À quel niveau d'intimité arrive-t-elle ?

Dès le niveau 1, Échauffement. Elle monte jusqu'au niveau 4, Pénétration.

Quels accessoires ?

Aucun n'est obligatoire. Les plus liés : talons hauts, gode ceinture, collier laisse. Un gage à accessoire ne tombe que si l'objet est posé sur la commode.

Est-elle dans la démo gratuite ?

Non : c'est une pratique du Donjon, qui s'ouvre avec le jeu complet.

Voir aussi

Obéissance 199, Pet play 52, Attente 114, Humiliation 267.

SourcesPauline Réage, Histoire d'O, 1954 · Joseph Losey, The Servant, 1963 ; Jean Genet, Les Bonnes, 1947 · Moll et al., « Human fronto-mesolimbic networks guide decisions about charitable donation », PNAS, 2006 · Brooks et al., « Don't stop believing: Rituals improve performance by decreasing anxiety », Organizational Behavior and Human Decision Processes, 2016

Jouez-la ce soir

La démo gratuite ouvre le Boudoir. Le Donjon, et cette pratique avec lui, s'ouvre avec le jeu complet : un achat, le jeu vous appartient.

Jouer la démoLe jeu complet, 29,90 €