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Lexique · Soumission · le Donjon

Humiliation

angl. Degradation, humiliation

« humilier », du latin humiliare, de humilis, « bas », de humus, « la terre » : humilier, c'est mettre au sol. « dégrader », de degradare, retirer son grade. Le milieu anglophone parle de degradation pour la forme la plus rude et d'humiliation play pour l'ensemble.

Se faire rabaisser et le vouloir : mots crus, positions dégradantes, être traité comme un objet, un chien, un rien ; être moqué, exposé, commandé sans égard. L'humiliation est la pratique la plus paradoxale du Donjon : elle doit faire mal pour de vrai à quelqu'un qui a demandé, à froid, qu'on le fasse. Sa règle est simple et absolue : la dégradation est un jeu que l'on a négocié, le mépris n'est jamais dans la pièce.

D'où vient le gestede la Vénus à la fourrure au divan de Freud

Le premier à écrire noir sur blanc qu'on pouvait jouir d'être rabaissé est Sacher-Masoch, en 1870 : Severin, devenu Gregor, obtient d'être humilié par Wanda, traité en valet, fouetté par elle et, au bout du livre, sous ses yeux, par un autre homme. Le scandale n'est pas la douleur, c'est le désir de la honte. Krafft-Ebing en fait une catégorie clinique en 1890 ; Freud, en 1919, dans « Un enfant est battu », cherche dans l'enfance l'origine de ces fantasmes de punition ; Theodor Reik, en 1941, y voit une stratégie, le masochiste prenant les devants sur une humiliation redoutée pour la maîtriser. Cent ans de psychanalyse pour dire ce que Wanda savait : le rabaissement excite quand c'est soi qui l'a demandé.

Le milieu BDSM des années 1980 et 1990 en a fait une pratique cadrée, séparée de la douleur, avec ses propres règles : liste de mots permis, sujets interdits, aftercare. La distinction entre dégradation consentie et mépris en est le cœur : le dominant joue le dédain, il ne le ressent pas. La psychologie sociale, de son côté, a fini par distinguer l'humiliation de la honte (Donald Klein, 1991) : la honte est ce qu'on pense de soi, l'humiliation est ce qu'un autre vous fait devant témoin. Le jeu emprunte la seconde, en retirant le témoin, ou en le choisissant.

Ce qui se passe dans le corpsle rouge aux joues, et le cadre qui protège

La honte a un signe que Darwin appelait « la plus humaine de toutes les expressions » : le rougissement. Il est involontaire, commandé par le système nerveux sympathique, et il s'accompagne d'un regard qui fuit, d'une tête qui baisse, d'un corps qui se fait petit : la posture de soumission des primates. Le cortisol monte, comme chez tous les soumis en scène (Sagarin et coll., 2009), le cœur cogne. Le corps humilié est un corps en alerte, et cette alerte, dans un cadre sûr, se convertit en excitation : le rouge des joues et le rouge du désir passent par les mêmes vaisseaux.

Ce qui rend la chose possible, c'est le cadre. Le cerveau sait qu'il joue ; la menace est vraie dans les mots et fausse dans les faits, exactement comme dans le rire, que la psychologie décrit comme une « violation bénigne » : quelque chose de mal qui n'est pas grave. Cette double lecture permet le relâchement : l'image de soi, que le cortex préfrontal surveille en permanence, est attaquée par un allié, et l'on peut cesser de la défendre. Beaucoup décrivent alors une paix inattendue : plus rien à prouver, plus rien à tenir. C'est l'un des accès les plus directs au subspace, et l'un des plus violents à la descente.

Verbale les mots

Insultes convenues, ordres cassants, moqueries sur ce qui a été autorisé. La plus courante, la plus réglable : un mot de plus ou de moins change tout.

Physique les positions, les actes

À quatre pattes, le visage au sol, servir de meuble, être exposé, recevoir ce que d'autres refuseraient. Le corps dit ce que les mots ont commencé.

Comment on s'y prendla liste avant, les mots pendant, l'inverse après

  1. Écrire la liste. Ce qui excite, ce qui blesse : les mots permis, les mots interdits, les sujets qu'on ne touche pas (le corps réel, le passé, la famille, le travail). À froid, la veille, pas au bord du lit.
  2. Deux signaux. Le mot qui arrête tout, et un mot qui ralentit : « orange », « doucement ». L'humiliation monte vite ; il faut pouvoir la freiner sans la casser.
  3. Commencer par le ton. Le regard qui juge, la voix qui tombe, le silence après une question : la moitié de l'humiliation est là, avant tout mot cru.
  4. Monter par paliers. Un mot, une position, une exigence de plus à chaque fois ; on guette la respiration et le rouge des joues. Le dominant joue le mépris, il ne le laisse jamais devenir sien.
  5. Dire l'inverse. La scène finie, tout ce qui a été dit se retire à voix haute : « tu as été formidable, je t'admire, rien de tout ça n'était vrai ». Eau, couverture, bras. C'est la partie la plus importante, et elle n'est pas facultative.

Les précautionsles mots restent

Ne jamais toucher une blessure réelle. Une insécurité sur le corps, un traumatisme, une honte ancienne : hors du jeu, sauf demande explicite et détaillée, et même alors avec prudence. Les mots ne s'effacent pas comme une marque de fouet.
Le drop est ici le plus rude. Des heures ou des jours après, tristesse, doute, sensation d'avoir été vraiment jugé. Il touche aussi celui qui a parlé, qui peut se sentir monstrueux. Message le lendemain, dans les deux sens ; on en reparle à froid.
Rien ne sort de la pièce. Pas de témoin non consentant, pas de photo, pas de rappel en public « pour rire ». L'humiliation qui déborde de la scène devient une humiliation véritable.
Jamais pour régler un compte. On n'humilie pas quelqu'un avec qui l'on est en colère. Si le mépris est vrai, ne serait-ce qu'un peu, la scène n'a pas lieu.

Dans la culturede Séverine à Wanda, cent cinquante ans de honte désirée

Belle de jour de Luis Buñuel (1967) s'ouvre sur un rêve : Séverine, bourgeoise irréprochable, jouée par Catherine Deneuve, se fait traîner, fouetter et couvrir de boue par des cochers sur ordre de son mari. Tout le film dit que l'humiliation rêvée est un désir respectable, et ne s'excuse pas. La Vénus à la fourrure est revenue sur scène avec la pièce de David Ives (2010) puis le film de Roman Polanski (2013), où une actrice retourne sur le metteur en scène l'humiliation qu'il croyait diriger : la vieille inversion de Sacher-Masoch, intacte.

Entre les deux, Histoire d'O, La Secrétaire et, sur un autre ton, l'œuvre de Jean Genet, qui a fait de l'abjection une gloire. La culture a toujours su que la honte désirée était une des formes de l'amour ; le Donjon lui a seulement donné une liste et un mot d'arrêt.

À retenirL'humiliation joue le mépris sans jamais le ressentir : liste négociée avant, deux signaux pendant, et l'inverse dit à voix haute après. Les mots restent ; le drop est ici le plus rude, pour les deux.

Dans Intiimix

Une pratique de la salle Soumission, dans le Donjon, qui entre au niveau 3, Préliminaires, et monte jusqu'au niveau 4.

La montée

1Échauffement
2Déshabillage
3Préliminaires
4Pénétration

À la table

  • Piècele Donjon
  • Gages écrits267 · 87 racines
  • Dans la démo gratuitele jeu complet
  • Sur la commodecollier laisse, bandeau (yeux), gants latex
  • Mains nuesla plupart des gages

Deux gages, doux et hard

Léo, allonge-toi au sol, pieds de Chloé sur ton torse. Jules, agenouille-toi et lèche les orteils de Chloé

Niveau 3 · Préliminaires · un couple
N3

Théo, allonge-toi face au sol et laisse Adam poser ses pieds sur ton dos. Reste parfaitement immobile, tu n'es qu'un meuble.

Niveau 4 · Pénétration · deux hommes
N4

Léo, Chloé, Jules, Théo et Adam tiennent la place des joueurs : à table, chaque gage vous appelle par votre prénom, et s'écrit pour votre table, en couple, entre hommes ou entre femmes.

Notes

Comment s'appelle cette pratique ?

Humiliation. Dans le milieu : Degradation, humiliation.

À quel niveau d'intimité arrive-t-elle ?

Dès le niveau 3, Préliminaires. Elle monte jusqu'au niveau 4, Pénétration.

Quels accessoires ?

Aucun n'est obligatoire. Les plus liés : collier laisse, bandeau (yeux), gants latex. Un gage à accessoire ne tombe que si l'objet est posé sur la commode.

Est-elle dans la démo gratuite ?

Non : c'est une pratique du Donjon, qui s'ouvre avec le jeu complet.

Voir aussi

Obéissance 199, Service 188, Pet play 52, Attente 114.

SourcesSacher-Masoch, La Vénus à la fourrure, 1870 ; Krafft-Ebing, Psychopathia Sexualis, éd. de 1890 · Freud, « Un enfant est battu » (Ein Kind wird geschlagen), 1919 ; Reik, Masochism in Modern Man, 1941 · Darwin, The Expression of the Emotions in Man and Animals, 1872 (chapitre sur le rougissement) · Sagarin et al., « Hormonal changes and couple bonding in consensual sadomasochistic activity », Archives of Sexual Behavior, 2009

Jouez-la ce soir

La démo gratuite ouvre le Boudoir. Le Donjon, et cette pratique avec lui, s'ouvre avec le jeu complet : un achat, le jeu vous appartient.

Jouer la démoLe jeu complet, 29,90 €