Lexique · Séduction · le Boudoir et le Donjon
Regards
« regard », de regarder : re- et l'ancien verbe garder, « veiller, surveiller », d'origine francique. Regarder quelqu'un, c'est d'abord monter la garde sur lui. L'œillade, dérivée d'œil, est le regard qui se sait vu.
Chercher les yeux de l'autre et les tenir : un regard qui s'attarde, se détourne, revient. C'est la première pratique de la séduction et la seule qui se joue à distance ; rien n'est touché, et pourtant tout est déjà dit.
D'où vient le gestede l'œil blanc des humains à la belladone
Chez la plupart des primates, fixer quelqu'un dans les yeux est une menace ; l'humain en a fait une caresse. La raison tient à l'anatomie : nous sommes la seule espèce dont le blanc de l'œil est aussi large et aussi visible, ce qui permet de lire à distance la direction exacte d'un regard. Hiroshi Kobayashi et Shiro Kohshima l'ont montré en 1997 en comparant l'œil humain à celui de dizaines de primates. On sait donc, à dix mètres, qui nous regarde, et depuis combien de temps. Toute la séduction visuelle repose sur ce détail.
Le Moyen Âge en avait fait une théorie : l'amour entre par les yeux. André le Chapelain, vers 1185, définit la passion comme une souffrance « née de la vue » de l'autre, et les troubadours ne chantent que cela. Les femmes de la Renaissance italienne allaient plus loin en se mettant dans les yeux des gouttes de belladone, la « belle dame », qui dilate la pupille et donne au regard une profondeur humide. Elles avaient compris, quatre siècles avant les laboratoires, que la pupille parle.
Ce qui se passe dans le corpsla pupille qui avoue et les deux minutes de Kellerman
Dans les années 1960, à l'université de Chicago, le psychologue Eckhard Hess mesure la pupille de volontaires devant des images : elle s'ouvre devant ce qui intéresse, et d'abord devant ce qui attire. Puis il retouche la photographie d'une femme pour agrandir ses pupilles et la montre à des hommes : ils la trouvent plus douce, plus séduisante, sans savoir dire pourquoi. La pupille est la seule partie du corps qu'on ne peut pas faire mentir : elle s'ouvre avec le désir, la surprise, l'effort, et se voit à moins d'un mètre. Le regard qui plonge dans les yeux de l'autre lit ce que le visage cache.
Le regard tenu fait le reste. En 1989, Joan Kellerman et ses collègues demandent à des inconnus de se fixer dans les yeux pendant deux minutes ; d'autres paires regardent les mains, ou comptent les battements de paupières. Les premiers déclarent ensuite plus d'affection et même des sentiments amoureux envers l'autre. Le regard direct réveille en effet l'amygdale et les circuits de la récompense, accélère le cœur, fait transpirer les paumes : le corps réagit comme à un contact, alors que personne n'a bougé.
Le regard tenu soutenir
Fixer sans parler, sans sourire d'abord. Trois secondes suffisent pour que la gêne monte ; au-delà d'une minute, quelque chose d'autre arrive.
Le regard dérobé détourner
Regarder, baisser les yeux, revenir. C'est l'œillade des salons et des bals : elle dit l'intérêt, puis le nie, puis le confirme.
Comment on s'y prendchercher, tenir, lâcher, revenir
- Chercher les yeux. À table, dans une pièce, de l'autre côté d'un canapé : on cherche le regard de l'autre et on attend qu'il le rende. Le premier échange dure une seconde.
- Tenir un peu trop. Une seconde de plus que l'usage. C'est cette seconde qui fait la différence entre un regard poli et un regard qui propose.
- Détourner, puis revenir. Baisser les yeux, regarder ailleurs, revenir. Le second regard confirme le premier : c'est lui qui compte.
- Descendre sur la bouche. Les yeux qui glissent vers les lèvres de l'autre et remontent disent ce qu'ils veulent sans un mot. L'autre le voit toujours.
- Tenir sans parler. Face à face, sans rire, sans détourner : une minute, deux. C'est l'exercice de Kellerman, et il fonctionne aussi bien avec quelqu'un qu'on aime depuis dix ans.
Les précautionsun regard ne se force pas
Dans la culturede Bacall à Abramović
En 1944, dans Le Port de l'angoisse, Lauren Bacall baisse le menton et lève les yeux vers Humphrey Bogart : la presse baptise cela « The Look », et le regard devient un personnage de cinéma. Jean-Paul Sartre, l'année précédente, en avait fait un chapitre de L'Être et le Néant : être regardé, c'est exister pour un autre. En 2010, Marina Abramović s'assoit au MoMA de New York pendant trois mois et regarde en silence, un par un, plus de mille visiteurs ; certains pleurent. Quand son ancien compagnon Ulay s'assoit en face d'elle, elle rompt sa règle et lui tend les mains. Trente ans de séparation, une minute de regard.
Dans Intiimix
Une pratique de la salle Séduction, dans le Boudoir et le Donjon, qui entre au niveau 1, Échauffement, et monte jusqu'au niveau 2.
La montée
À la table
- Piècesle Boudoir · 53 et le Donjon · 7
- Gages écrits320 · 60 racines
- Dans la démo gratuite4 gages
- Sur la commodeconcombre, courgette, alcool
- Mains nuesla plupart des gages
Trois gages : doux, hard, et un du Donjon
Léo et Jules, séduisez Chloé à tour de rôle avec un regard et un effleurement : Chloé, désigne le plus convaincant
N1Théo, retire tes chaussettes en prenant ton temps et en regardant Adam
N2Jade, face à Emma, les bras le long du corps. Emma, murmure-lui de décrocher son soutien-gorge et de le laisser tomber sans détourner le regard
N2Léo, Jules, Chloé, Théo, Adam, Jade et Emma tiennent la place des joueurs : à table, chaque gage vous appelle par votre prénom, et s'écrit pour votre table, en couple, entre hommes ou entre femmes.
Notes
Comment s'appelle cette pratique ?
Regards.
À quel niveau d'intimité arrive-t-elle ?
Dès le niveau 1, Échauffement. Elle monte jusqu'au niveau 2, Déshabillage.
Quels accessoires ?
Aucun n'est obligatoire. Les plus liés : concombre, courgette, alcool. Un gage à accessoire ne tombe que si l'objet est posé sur la commode.
Est-elle dans la démo gratuite ?
Oui, 4 gages. Les 320 avec le jeu complet, dont les 7 racines du Donjon.
Voir aussi
Danse sensuelle 80, Baisers 868, Caresses habillées 530, Rapprochements 396.
SourcesHess, « Attitude and pupil size », Scientific American, 1965 · Kellerman, Lewis & Laird, « Looking and loving: The effects of mutual gaze on feelings of romantic love », Journal of Research in Personality, 1989 · Kobayashi & Kohshima, « Unique morphology of the human eye », Nature, 1997 · Kampe, Frith, Dolan & Frith, « Reward value of attractiveness and gaze », Nature, 2001