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Lexique · Domination · le Donjon

Humiliation verbale

angl. Degradation, humiliation

« humilier », du latin humiliare, « abaisser », lui-même de humus, « la terre » : humilier, c'est mettre à terre. Degradation en milieu, du latin gradus, « le degré » : faire descendre d'un rang.

Des mots qui rabaissent, prononcés parce qu'ils excitent : « salope », « chienne », « tu n'es bon qu'à ça ». L'humiliation verbale consentie prend les insultes du monde, les vide de leur pouvoir de nuire et les recharge en désir. C'est l'une des pratiques les plus fortes du Donjon, et l'une des plus négociées.

D'où vient le gestede Krafft-Ebing à la reprise de l'insulte

Quand Krafft-Ebing décrit le masochisme dans Psychopathia Sexualis, il ne parle pas seulement de douleur : il parle du désir d'être soumis à la volonté d'une autre personne, traité en maître, humilié. L'humiliation est là dès le premier jour du mot. Le psychanalyste Theodor Reik, en 1941, a ajouté une pièce décisive : le masochiste n'est pas une victime, c'est un metteur en scène, qui écrit la scène de son abaissement et en choisit les mots. Le sociologue Roy Baumeister a proposé en 1988 une lecture plus simple encore : l'humiliation consentie est une évasion hors de soi, un repos de l'identité, de ses exigences et de son amour-propre.

Le geste s'est affiné avec la culture du consentement. Le milieu distingue aujourd'hui le dirty talk, cru mais flatteur, de la degradation, qui abaisse, et négocie mot à mot ce qui peut être dit. Il a aussi croisé un mouvement plus large : la reprise des insultes par ceux qu'elles visaient. En 2011, à Toronto, la première SlutWalk a défilé sous le mot qu'un policier avait employé pour blâmer les victimes. Dans la chambre, le même mot, choisi et prononcé sur demande, change de camp de la même manière.

Ce qui se passe dans le corpsla honte a une physiologie

La honte se voit : rougeur, regard baissé, chaleur au visage, envie de disparaître. Darwin lui a consacré un chapitre de L'Expression des émotions (1872), et tenait le rougissement pour la plus humaine de toutes les expressions, parce qu'elle suppose de penser à ce que l'autre pense de nous. Le mot blessant a un effet mesurable : en 2003, une équipe de Los Angeles a montré que l'exclusion sociale active des zones du cerveau qui traitent aussi la douleur physique. Les mots font mal, c'est prouvé ; l'humiliation consentie ne l'ignore pas, elle en fait sa matière.

Ce qui transforme la blessure en excitation, c'est le cadre. Le même mot, lancé par un inconnu, humilie ; prononcé par quelqu'un qu'on a autorisé, dans une scène qu'on a voulue, il déclenche la rougeur, la chaleur, l'accélération du cœur, et les redirige. Le corps vit la honte et la sécurité en même temps, et cette combinaison est vertigineuse. Beaucoup décrivent, après, un allègement : ce qu'on redoutait d'entendre a été dit, et l'on est toujours là, désiré.

Les trois colonnes la négociation

Les mots qui excitent, ceux qu'on veut essayer, ceux qui ne se disent jamais. Écrits avant, relus à froid. La liste change avec le temps.

Le retour l'après

Après les mots qui abaissent, ceux qui relèvent, dits en clair : « C'était le jeu. Je te trouve magnifique. » Ils ne sont pas facultatifs.

Comment on s'y prenddes mots choisis, un ton, puis le retour

  1. Écrire les colonnes. À froid, chacun note les mots et les thèmes : ce qui excite, ce qu'on peut essayer, ce qui est interdit. Le corps, l'intelligence, le passé sont souvent dans la troisième colonne.
  2. Commencer par le ton. Un mépris tranquille dans la voix, avant tout mot fort : « Regarde-toi. » Le ton fait la moitié du travail, et se dose plus finement que le vocabulaire.
  3. Lire le corps. Rougeur, souffle, regard qui fuit ou qui cherche : on regarde où en est l'autre après chaque phrase, et on attend la réponse du corps avant de continuer.
  4. Monter, dans la liste. Les mots de la première colonne, puis, si tout va bien, un de la deuxième. Jamais un de la troisième, même excité, même demandé sur le moment.
  5. Relever. La scène finie, on le dit, et on renverse les mots : ce que l'on aime, ce qu'on admire, à voix claire. On reste, on tient, on écoute ce qui remonte.

Les précautionsles mots restent

Jamais sur les vraies blessures. Le poids, une cicatrice, un échec, un traumatisme : rien de ce que l'autre porte déjà comme une douleur, sauf demande explicite et répétée à froid.
Jamais devant un tiers non consentant. L'humiliation devant d'autres est une pratique en soi, qui se négocie avec tout le monde présent, y compris ceux qui regardent.
Le retour est obligatoire. Un mot dégradant sans retour valorisant travaille dans la tête pendant des jours. L'après se fait le soir même, avec des mots, pas seulement des gestes.
Le drop, parfois à retardement. Une tristesse le lendemain, une gêne devant l'autre : c'est fréquent, cela se dit. Un message le matin suivant fait partie de la pratique. Pas d'alcool pour cette scène-là.

Dans la culturede Sade à Erika Kohut

Sade a fait de l'insulte un art de la surenchère ; Bataille y a vu la transgression par où passe le sacré. Le cinéma l'a filmée sans consentement, dans le Salò de Pasolini (1975), et avec, dans La Pianiste (2001), où Erika Kohut écrit elle-même les humiliations qu'elle réclame, et découvre que son élève ne sait pas lire la lettre. C'est toute la différence entre l'humiliation subie et l'humiliation voulue : la seconde a un auteur, et cet auteur est celui qui la reçoit.

À retenirL'humiliation verbale consentie est une honte jouée dans la sécurité : des mots négociés en trois colonnes, un ton avant le vocabulaire, et un retour qui relève. Jamais sur une vraie blessure.

Dans Intiimix

Une pratique de la salle Domination, dans le Donjon, qui entre au niveau 3, Préliminaires, et monte jusqu'au niveau 4.

La montée

1Échauffement
2Déshabillage
3Préliminaires
4Pénétration

À la table

  • Piècele Donjon
  • Gages écrits108 · 36 racines
  • Dans la démo gratuitele jeu complet
  • Sur la commodeuniforme, miroir, gode ceinture
  • Mains nuesla plupart des gages

Deux gages, doux et hard

Léo, ordonne à Chloé de te supplier pour un baiser. Ne cède que lorsque ses mots sont suffisamment convaincants.

Niveau 3 · Préliminaires · un couple
N3

Théo, ordonne à Adam de se regarder dans le miroir et de caresser son propre corps en décrivant ce qu'Adam voit

Niveau 3 · Préliminaires · deux hommes
N3

Léo, Chloé, Théo et Adam tiennent la place des joueurs : à table, chaque gage vous appelle par votre prénom, et s'écrit pour votre table, en couple, entre hommes ou entre femmes.

Notes

Comment s'appelle cette pratique ?

Humiliation verbale. Dans le milieu : Degradation, humiliation.

À quel niveau d'intimité arrive-t-elle ?

Dès le niveau 3, Préliminaires. Elle monte jusqu'au niveau 4, Pénétration.

Quels accessoires ?

Aucun n'est obligatoire. Les plus liés : uniforme, miroir, gode ceinture. Un gage à accessoire ne tombe que si l'objet est posé sur la commode.

Est-elle dans la démo gratuite ?

Non : c'est une pratique du Donjon, qui s'ouvre avec le jeu complet.

Voir aussi

Ordres verbaux 415, Positions imposées 259, Interdictions 237, Punitions 263, Contrôle plaisir 434, Servitude 55, Objectification 131.

SourcesKrafft-Ebing, Psychopathia Sexualis, 1886 · Reik, Masochism in Modern Man, 1941 · Baumeister, « Masochism as escape from self », Journal of Sex Research, 1988 · Eisenberger, Lieberman & Williams, « Does rejection hurt? An fMRI study of social exclusion », Science, 2003

Jouez-la ce soir

La démo gratuite ouvre le Boudoir. Le Donjon, et cette pratique avec lui, s'ouvre avec le jeu complet : un achat, le jeu vous appartient.

Jouer la démoLe jeu complet, 29,90 €