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Lexique · Domination · le Donjon

Ordres verbaux

angl. Commands, protocol

« ordre », du latin ordo, « rang, disposition » : l'ordre est d'abord ce qui range, puis ce qui commande. En milieu, on parle de commands et de protocol ; le couple D/s, pour Dominant/submissive, s'écrit avec une majuscule d'un côté et une minuscule de l'autre, et cette typographie est déjà un ordre.

Dire à l'autre ce qu'il doit faire, et qu'il le fasse : « Viens ici. » « Ne bouge plus. » « Regarde-moi. » L'ordre verbal est la forme la plus nue de la domination : aucun objet, aucune force, seulement une voix qui décide et un corps qui obéit parce qu'il l'a voulu.

D'où vient le gestedu contrat de Sacher-Masoch à la grammaire du protocole

En 1869, l'écrivain autrichien Leopold von Sacher-Masoch signe avec Fanny Pistor un contrat qui fait de lui son serviteur pour six mois : elle ordonne, il obéit, à condition qu'elle porte des fourrures. L'année suivante paraît La Vénus à la fourrure, où le héros dicte lui-même à Wanda les termes de sa soumission. En 1886, le psychiatre Richard von Krafft-Ebing publie Psychopathia Sexualis et, dans les éditions suivantes, forge le mot « masochisme » d'après le nom du romancier, encore vivant et furieux. Le philosophe Gilles Deleuze a relu tout cela en 1967 : chez Masoch, l'ordre vient d'en bas, c'est le soumis qui écrit le contrat et qui installe celle qui commandera. La domination verbale consentie tient dans ce paradoxe.

La culture cuir de l'après-guerre a donné à l'ordre sa grammaire : dans The Leatherman's Handbook (1972), Larry Townsend décrit déjà des règles d'adresse, des titres, des silences. Les forums des années 1990 ont fixé le vocabulaire : protocol, haut ou bas, pour l'ensemble des règles qui organisent une relation D/s ; scene pour la séance ; et la formule « sain, sûr et consensuel », proposée en 1983 par david stein pour un groupe new-yorkais, qui rappelle qu'un ordre n'a de valeur que si l'autre a d'abord dit oui.

Ce qui se passe dans le corpsla voix qui commande, l'attente qui excite

L'obéissance est une pente naturelle : en 1961, à Yale, Stanley Milgram demande à des volontaires d'infliger des chocs électriques à un inconnu sur simple injonction d'un homme en blouse ; près des deux tiers vont jusqu'au bout. L'expérience dit à quel point une voix qui ordonne pèse sur un corps, et pourquoi le jeu exige un consentement explicite en amont : la puissance de l'ordre est réelle, elle ne s'invente pas au moment où on l'utilise. La voix elle-même compte : des travaux ont montré qu'une voix plus grave est perçue comme plus dominante, ce qui ne signifie pas qu'il faut crier, mais qu'il faut poser.

Côté soumis, le plaisir vient surtout de l'attente. Le cerveau de la récompense s'active davantage à l'annonce d'un plaisir qu'au plaisir lui-même : c'est ce que l'équipe de Wolfram Schultz a mesuré en 1997 sur les neurones à dopamine. Un ordre est une annonce : « Tu vas te déshabiller. » Entre la phrase et le geste, le corps s'échauffe. Beaucoup décrivent aussi un état flottant, l'esprit débarrassé de toute décision, que le milieu appelle subspace : plus rien à choisir, seulement à faire.

Le mot d'arrêt le contre-ordre

Un mot qui n'a rien à faire dans la chambre, ou le code des feux : orange pour ralentir, rouge pour tout arrêter. Il prime sur n'importe quel ordre, toujours.

Le titre Monsieur, Madame, Maître, Maîtresse

Une forme d'adresse imposée change tout le ton d'une conversation. Elle se convient avant, et se range après.

Comment on s'y prendune voix posée, une attente tenue

  1. Négocier avant de commander. Ce qui peut être ordonné, ce qui ne le sera jamais, le mot d'arrêt : trois minutes de conversation à voix normale, avant que la voix change.
  2. Commencer petit. « Approche. » « Assieds-toi là. » Les premiers ordres sont simples et faciles à exécuter : l'obéissance s'installe par la réussite.
  3. Poser la voix, ne pas crier. Un ordre se donne bas, lent, sans point d'interrogation. La phrase s'arrête net ; on ne la justifie pas.
  4. Attendre l'exécution. Après l'ordre, le silence : on regarde l'autre obéir jusqu'au bout, on ne passe pas au suivant avant. C'est là que l'attente travaille.
  5. Clore explicitement. « C'est fini, reviens. » La voix redevient celle de tous les jours, on dit ce qui a plu, on écoute ce qui a manqué.

Les précautionsl'ordre n'est jamais le consentement

Le oui vient avant. Obéir sur le moment n'est pas consentir : ce qui a été accepté à froid seul compte. Un ordre qui sort du cadre convenu se refuse sans explication.
Le mot d'arrêt suspend tout. Il est dit, il est respecté à la seconde, sans discussion. Un dominant qui négocie le mot d'arrêt n'est plus dans le jeu.
Aucun ordre irréversible. Rien qui engage la santé, l'argent, la vie hors de la chambre. Ni alcool imposé, ni message envoyé à un tiers, ni serrure sans clé accessible.
Prévoir l'après. Le retour à l'état ordinaire peut être brusque : fatigue, vague à l'âme, parfois le lendemain. C'est le drop, il se prévient par un temps de tendresse et de mots simples.

Dans la cultured'O à Lee Holloway

Histoire d'O (1954), signé Pauline Réage et écrit, on le saura quarante ans plus tard, par Dominique Aury, est un roman d'ordres : O ne fait rien qu'on ne lui ait commandé. Le cinéma a donné à la pratique deux visages opposés : dans La Pianiste de Michael Haneke (2001), d'après Elfriede Jelinek, Erika remet à son élève une lettre d'instructions qu'il ne saura pas lire ; dans Secretary (2002), Lee Holloway découvre, dans les ordres de son patron, une manière de tenir enfin debout. Entre ces deux films tient toute la question : un ordre peut écraser ou porter, et seul celui qui le reçoit sait lequel.

À retenirL'ordre verbal n'a besoin de rien d'autre qu'une voix posée et un oui donné avant. Ce qui excite, c'est le temps entre la phrase et le geste.

Dans Intiimix

Une pratique de la salle Domination, dans le Donjon, qui entre au niveau 1, Échauffement, et monte jusqu'au niveau 4.

La montée

1Échauffement
2Déshabillage
3Préliminaires
4Pénétration

À la table

  • Piècele Donjon
  • Gages écrits415 · 99 racines
  • Dans la démo gratuitele jeu complet
  • Sur la commodecollier laisse, cravache, fouet
  • Mains nuesla plupart des gages

Deux gages, doux et hard

Léo, impose à Chloé le mot qui remplacera « oui » jusqu'à la fin de la partie. Chloé, réponds ainsi à tout ce que Léo demande.

Niveau 1 · Échauffement · un couple
N1

Théo, ordonne à Adam de se coucher au sol sur le dos, puis caresse son ventre comme récompense pour son obéissance

Niveau 3 · Préliminaires · deux hommes
N3

Léo, Chloé, Théo et Adam tiennent la place des joueurs : à table, chaque gage vous appelle par votre prénom, et s'écrit pour votre table, en couple, entre hommes ou entre femmes.

Notes

Comment s'appelle cette pratique ?

Ordres verbaux. Dans le milieu : Commands, protocol.

À quel niveau d'intimité arrive-t-elle ?

Dès le niveau 1, Échauffement. Elle monte jusqu'au niveau 4, Pénétration.

Quels accessoires ?

Aucun n'est obligatoire. Les plus liés : collier laisse, cravache, fouet. Un gage à accessoire ne tombe que si l'objet est posé sur la commode.

Est-elle dans la démo gratuite ?

Non : c'est une pratique du Donjon, qui s'ouvre avec le jeu complet.

Voir aussi

Positions imposées 259, Interdictions 237, Punitions 263, Contrôle plaisir 434, Humiliation verbale 108, Servitude 55, Objectification 131.

SourcesSacher-Masoch, La Vénus à la fourrure, 1870 · Krafft-Ebing, Psychopathia Sexualis, 1886 · Deleuze, Présentation de Sacher-Masoch. Le froid et le cruel, 1967 · Milgram, « Behavioral Study of Obedience », Journal of Abnormal and Social Psychology, 1963

Jouez-la ce soir

La démo gratuite ouvre le Boudoir. Le Donjon, et cette pratique avec lui, s'ouvre avec le jeu complet : un achat, le jeu vous appartient.

Jouer la démoLe jeu complet, 29,90 €