Lexique · Exhibition / Voyeurisme · le Boudoir et le Donjon
Être regardé
scopophilie, n.
scopophilie, du grec skopein, « regarder, examiner », et philia, « attirance ». Le mot traduit la Schaulust de Freud, « plaisir de voir », dans les Trois essais sur la théorie sexuelle (1905) ; le versant passif, être vu, en est pour lui l'envers inséparable.
Se laisser voir, entièrement, pendant qu'on se déshabille, qu'on se caresse ou qu'on fait l'amour : offrir son corps au regard de l'autre et y prendre plaisir. C'est le pôle passif de la scopophilie, celui que Freud appelait l'exhibition, et que le couple pratique sans le savoir chaque fois qu'il laisse la lumière allumée.
D'où vient le gested'Olympia à l'être-à-regarder
Freud, en 1905, range le plaisir de regarder parmi les pulsions partielles et note qu'il existe toujours par paire : celui qui aime voir aime aussi être vu, et l'exhibition n'est que la face passive du même désir. La médecine de son temps ne connaissait que la version pathologique : en 1877, le psychiatre Charles Lasègue avait décrit « les exhibitionnistes », ces hommes qui se montrent à des inconnues dans la rue. La pratique de couple n'a rien à voir avec ce délit : elle se joue devant quelqu'un qui a demandé à voir.
L'image, elle, a une histoire plus longue. L'Olympia de Manet, peinte en 1863 et exposée au Salon de 1865, fait scandale : ce n'est pas sa nudité, l'art en est plein, c'est qu'elle regarde le spectateur en face, sans pudeur, comme quelqu'un qui sait qu'on la regarde et l'accepte. Un siècle plus tard, en 1975, la théoricienne Laura Mulvey publie « Visual Pleasure and Narrative Cinema » et forge l'expression to-be-looked-at-ness, la qualité d'être-à-regarder : elle y décrit comment le cinéma classique organise le corps féminin pour le regard masculin. La pratique de couple, à sa façon, renverse la critique : ici, on choisit d'être regardé, et par qui.
Ce qui se passe dans le corpsle trac qui change de nom
Se savoir regardé n'est jamais neutre pour le corps. Le regard direct d'une autre personne fait monter la conductance de la peau et le rythme cardiaque : des travaux de psychophysiologie l'ont mesuré dès les années 1970. C'est le trac, le rougissement, la chaleur au visage. Ce qui distingue l'exhibition érotique du simple embarras, c'est la conversion : la même activation autonome, dans un contexte désiré, se lit comme de l'excitation. Le corps ne fait pas la différence ; l'esprit décide.
S'ajoute un effet de miroir : on se voit vu. Se sentir désirable sous un regard renforce l'image de soi et, chez beaucoup, l'excitation elle-même : on est excité d'exciter. Jean-Paul Sartre, dans L'Être et le Néant (1943), a décrit le regard d'autrui comme ce qui fait de nous un objet ; la pratique en prend le contre-pied joyeux. Être objet du désir de quelqu'un qu'on a choisi n'est pas une perte : c'est, le temps d'une scène, un cadeau qu'on se fait à deux.
La lumière allumée le degré zéro
Faire l'amour lampe allumée, yeux ouverts, sans se cacher sous le drap : la forme la plus simple, et déjà toute la pratique.
Le miroir se voir vu
Face à un miroir, on se regarde en même temps que l'autre nous regarde. Le corps devient scène des deux côtés.
Comment on s'y prenddemander, ralentir, tenir le regard
- Demander à être vu. « Regarde-moi » suffit à changer un moment ordinaire en scène. On le dit, on le montre : lumière allumée, drap repoussé, yeux ouverts.
- Ralentir. Le regard a besoin de temps : un geste lent se voit, un geste rapide s'échappe. Se déshabiller, se caresser, s'étirer à moitié moins vite que d'habitude.
- Tenir le regard. Chercher les yeux de l'autre pendant qu'on se montre, et ne pas les lâcher. C'est là que le trac bascule en plaisir.
- Se placer. Debout devant l'autre assis, allongé quand il est debout, ou devant un miroir qu'il voit aussi : le corps s'offre sous l'angle qu'on choisit.
- Faire dire ce qu'il voit. « Qu'est-ce que tu regardes ? » : l'autre décrit. Les mots rendent le regard concret, et l'exposition complète.
Les précautionsle regard choisi, jamais imposé
Dans la cultureGodiva, Bardot et une formule de John Berger
Godiva, dame de Coventry, aurait traversé la ville nue pour obtenir de son mari la baisse d'un impôt, et la légende y ajouta plus tard un tailleur, Tom, qui regarda par la fenêtre et en perdit la vue : le mythe contient les deux pôles, celle qui se montre et celui qui épie. Le cinéma a donné à la pratique sa scène la plus célèbre dans Le Mépris (1963) : Brigitte Bardot, allongée, demande à Michel Piccoli s'il aime ses pieds, ses cuisses, ses fesses, ses seins, et exige de lui une réponse pour chaque partie. La scène, tournée après coup parce que les producteurs voulaient de la nudité, est devenue le manifeste de l'être-regardé consenti.
John Berger, dans Ways of Seeing (1972), résumait la tradition picturale d'une formule : « les hommes agissent, les femmes apparaissent ». La pratique de couple contemporaine défait la formule dans les deux sens : chacun, quel que soit son genre, peut choisir d'apparaître, et l'autre de regarder.
Dans Intiimix
Dans Intiimix, être regardé traverse tous les niveaux, de l'Échauffement, où l'on tient un regard tout habillé, jusqu'à la Pénétration, où le jeu impose la lumière et les yeux ouverts. Le tirage désigne qui se montre et qui regarde ; à plusieurs, la scène a un public.
La montée
À la table
- Piècesle Boudoir · 58 et le Donjon · 33
- Gages écrits262 · 91 racines
- Dans la démo gratuite4 gages
- Sur la commodemiroir, concombre, courgette
- Mains nuesla plupart des gages
Trois gages : doux, hard, et un du Donjon
Chloé, applique le gloss sur tes lèvres devant Léo, lentement, en croisant son regard à chaque geste.
N1Théo, offre à Adam une danse érotique en guise de punition : bouge lentement, caresse ton propre corps et approche-toi au plus près sans jamais la toucher
N3Jade, fais agenouiller Emma sous la douche et urine sur ses pieds. Maintenez le contact visuel tout du long.
N3Chloé, Léo, Théo, Adam, Jade et Emma tiennent la place des joueurs : à table, chaque gage vous appelle par votre prénom, et s'écrit pour votre table, en couple, entre hommes ou entre femmes.
Notes
Comment s'appelle cette pratique ?
Être regardé, aussi appelée scopophilie.
À quel niveau d'intimité arrive-t-elle ?
Dès le niveau 1, Échauffement. Elle monte jusqu'au niveau 4, Pénétration.
Quels accessoires ?
Aucun n'est obligatoire. Les plus liés : miroir, concombre, courgette. Un gage à accessoire ne tombe que si l'objet est posé sur la commode.
Est-elle dans la démo gratuite ?
Oui, 4 gages. Les 262 avec le jeu complet, dont les 33 racines du Donjon.
Voir aussi
Strip-tease 82, Se masturber devant 98, Regarder 62, Jeu du photographe 44, Positions exposées 81, Verbalisation / Description 49, Devant tout le monde 24.
SourcesFreud, Trois essais sur la théorie sexuelle (Drei Abhandlungen zur Sexualtheorie), 1905 · Laura Mulvey, « Visual Pleasure and Narrative Cinema », Screen, vol. 16, 1975 · John Berger, Ways of Seeing, 1972 · Jean-Luc Godard, Le Mépris, 1963