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Lexique · Exhibition / Voyeurisme · le Boudoir et le Donjon

Verbalisation / Description

« verbaliser », du latin verbum, « la parole » : mettre en mots. Le milieu dit dirty talk, « parler sale », ce que le français rend par « parler cru » : les mots que la langue commune tient à l'écart.

Dire à voix haute ce qu'on fait, ce qu'on voit, ce qu'on sent et ce qu'on veut : le sexe raconté pendant qu'il a lieu. Le *dirty talk* du milieu couvre toute la gamme, du murmure descriptif à l'ordre cru ; la pratique tient dans le passage du geste au mot.

D'où vient le gestedes lettres de Joyce au téléphone rose

Le sexe parlé a une littérature immense, de Martial à Rabelais et à Sade, mais elle se lisait en silence. Les mots dits pendant l'acte n'ont laissé de traces qu'à la faveur de correspondances : en décembre 1909, James Joyce écrit à sa compagne Nora Barnacle une série de lettres d'une crudité absolue, où il décrit ce qu'il veut lui faire et ce qu'il lui demande de dire ; publiées en 1975, elles restent le plus grand exemple de dirty talk écrit par un écrivain. Le mot cru a toujours cherché l'oreille.

Le XXe siècle donne une voix à ces mots. En 1969, Je t'aime... moi non plus de Serge Gainsbourg et Jane Birkin fait scandale et se vend partout : on y entend une femme parler pendant. Dans les années 1980, le téléphone rose, puis le Minitel rose en France, vendent de la parole érotique à distance, sans image : la voix suffit. La pratique de couple hérite de tout cela : le mot dit est devenu une caresse avouable.

Ce qui se passe dans le corpsl'oreille fabrique l'image

L'oreille est branchée directement sur l'imagination. Dès 1977, la psychologue Julia Heiman mesurait les réponses génitales de femmes et d'hommes qui écoutaient des récits érotiques enregistrés : les récits explicites déclenchaient chez les deux une excitation nette, plus forte que les récits romantiques sans détails. Le mot cru n'a pas besoin d'image : il en fabrique une, et le corps y répond comme à une scène vue.

Les mots interdits ont un circuit à part. Les travaux sur le juron montrent qu'il n'est pas traité comme le langage ordinaire : il mobilise les régions émotionnelles du cerveau, et dire un gros mot augmente la tolérance à la douleur, ce que Richard Stephens a mesuré en 2009. Au lit, cela explique pourquoi un mot qu'on ne dit jamais ailleurs fait un effet que le langage tendre ne fait pas : il court-circuite la politesse et va droit aux émotions. La voix fait le reste : le murmure au creux de l'oreille, le souffle contre la peau, la baisse de ton qui accompagne l'excitation, autant de signaux que le corps lit avant le sens des mots.

La description ce qui est

« Je vois tes mains trembler », « tu es trempée », « ton sexe durcit sous ma paume » : dire ce qui a lieu. Le degré le plus simple, souvent le plus fort.

L'ordre et l'aveu ce qui vient

« Ouvre les jambes », « dis-moi ce que tu veux » : le mot précède le geste, ou le réclame. Le registre monte avec l'excitation.

Comment on s'y prendconvenir des mots, puis décrire

  1. Convenir des mots. Avant, hors du lit, on dit ce qu'on aime entendre et ce qu'on refuse : tel mot pour le sexe, telle insulte exclue, tel prénom. La liste évolue ; elle existe.
  2. Commencer par décrire. Ce qu'on voit, ce qu'on touche, ce que le corps de l'autre fait : des phrases courtes, au présent. Décrire ne demande aucune audace, et tout le reste en découle.
  3. Dire ce qu'on ressent. « J'ai chaud là », « je vais jouir si tu continues » : passer de l'autre à soi. C'est l'aveu qui excite le plus l'autre, parce qu'il l'informe.
  4. Poser des questions. « Tu aimes ? », « où ? », « plus fort ? » : la question oblige à répondre, et la réponse est déjà de la verbalisation. À deux voix, la pratique tient toute seule.
  5. Monter le registre, ou pas. Passer du descriptif au cru, à l'ordre, au surnom convenu, si les deux le veulent. Le murmure vaut le cri ; l'important est de ne pas se taire.

Les précautionsles mots blessent plus vite que les mains

Les mots blessent plus vite que les mains. Une insulte non convenue, une comparaison, un mot qui rappelle un autre : le lit n'efface rien. Ce qu'on n'a pas discuté avant, on ne l'improvise pas.
Le rire n'est pas un échec. Une phrase qui tombe à plat, un mot qui sonne faux : on rit, on reprend. La verbalisation s'apprend comme une langue, avec des maladresses.
Les murs ont des oreilles. Voisins, enfants, colocataires : le mot cru dit fort sort de la chambre. On baisse la voix, ou l'on choisit ses heures.
Le silence est un droit. Celui qui ne trouve pas ses mots n'est pas obligé de parler ; « chut » est aussi un mot. La pratique ne se force pas.

Dans la cultureun dollar la page, un écran noir

Les lettres de Joyce à Nora sont le sommet du genre, et Anaïs Nin en est la professionnelle : dans les années 1940, elle écrit des récits érotiques à un dollar la page pour un collectionneur anonyme, réunis dans Vénus Erotica (1977). Le cinéma a donné au mot une voix sans corps : dans Her (2013), Joaquin Phoenix fait l'amour avec une voix, celle de Scarlett Johansson, et l'écran reste noir. La chanson de Gainsbourg, elle, a été interdite d'antenne dans plusieurs pays et condamnée par le Vatican : on ne lui reprochait pas une image, seulement des mots et un souffle.

Le dirty talk est passé du scandale au conseil : les magazines et les sexologues le recommandent depuis les années 2000 comme le moyen le plus simple de rallumer un couple, parce qu'il ne demande aucun objet, aucune position, seulement le courage d'une phrase.

À retenirLe mot cru fabrique une image et le corps y répond comme à une scène vue ; il mobilise l'émotion, pas la politesse. On convient des mots avant, on commence par décrire, et l'on ne se force jamais.

Dans Intiimix

Dans Intiimix, la verbalisation commence dès l'Échauffement, où le jeu fait décrire, avouer ou demander tout habillé, et accompagne les Préliminaires. Le tirage impose la phrase à dire, le registre, ou l'oreille dans laquelle la dire ; à plusieurs, il désigne à qui l'on parle.

La montée

1Échauffement
2Déshabillage
3Préliminaires
4Pénétration

À la table

  • Piècesle Boudoir · 12 et le Donjon · 1
  • Gages écrits49 · 13 racines
  • Dans la démo gratuite4 gages
  • Mains nuesla plupart des gages

Trois gages : doux, hard, et un du Donjon

Léo, plonge dans le regard de Chloé sans un mot, longuement. Puis résume ce que tu as vu en un seul mot

Niveau 1 · Échauffement · le Boudoir · un couple
N1

Théo, ta pénitence est l'humilité : déclare devant tous les joueurs trois choses que tu adores secrètement sur le corps d'Adam, en pointant chaque zone du doigt

Niveau 3 · Préliminaires · le Boudoir · deux hommes
N3

Jade, ordonne à Emma de se mettre à genoux devant Camille et de dire à voix haute ce qu'Emma ferait pour plaire à Camille

Niveau 3 · Préliminaires · le Donjon · deux femmes
N3

Léo, Chloé, Théo, Adam, Jade, Emma et Camille tiennent la place des joueurs : à table, chaque gage vous appelle par votre prénom, et s'écrit pour votre table, en couple, entre hommes ou entre femmes.

Notes

Comment s'appelle cette pratique ?

Verbalisation / Description.

À quel niveau d'intimité arrive-t-elle ?

Dès le niveau 1, Échauffement. Elle monte jusqu'au niveau 3, Préliminaires.

Quels accessoires ?

Aucun : la pratique se joue mains nues.

Est-elle dans la démo gratuite ?

Oui, 4 gages. Les 49 avec le jeu complet, dont les 1 racines du Donjon.

Voir aussi

Strip-tease 82, Se masturber devant 98, Être regardé 262, Regarder 62, Jeu du photographe 44, Positions exposées 81, Devant tout le monde 24.

SourcesJames Joyce, Selected Letters (éd. Richard Ellmann), 1975 : lettres à Nora Barnacle de décembre 1909 · Heiman, « A psychophysiological exploration of sexual arousal patterns in females and males », Psychophysiology, 1977 · Stephens, Atkins & Kingston, « Swearing as a response to pain », NeuroReport, 2009 · Anaïs Nin, Delta of Venus (Vénus Erotica), 1977

Jouez-la ce soir

4 gages de cette pratique dans la démo gratuite, les 49 avec le jeu complet : un achat, le jeu vous appartient.

Jouer la démoLe jeu complet, 29,90 €