Lexique · Exhibition / Voyeurisme · le Boudoir
Jeu du photographe
« photographie », du grec phôs, « lumière », et graphein, « écrire » : « écrire avec la lumière », mot proposé en 1839, l'année même où Daguerre rend public son procédé. Le milieu parle de photo play ou, pour la version envoyée, de sexting.
Photographier l'autre, ou se laisser photographier, dans l'intimité : le téléphone ou l'appareil comme troisième regard. La pose, la lumière, la direction : le jeu tient dans la fabrication de l'image plus que dans l'image elle-même, qu'on peut effacer aussitôt.
D'où vient le gestedes académies au Polaroid
L'érotisme a saisi la photographie dès sa naissance. Les premiers daguerréotypes de nus circulent à Paris dans les années 1840, sous le nom d'« académies », études destinées en principe aux peintres ; en 1851, le photographe Félix-Jacques Moulin est condamné pour des images jugées obscènes. La photographie intime, elle, attend un siècle : tant qu'il faut confier sa pellicule à un laboratoire, personne ne photographie sa propre chambre.
Le Polaroid change tout. Le procédé instantané d'Edwin Land, lancé en 1948, et surtout le SX-70 de 1972, sortent l'image de l'appareil sans passer par personne : les amateurs se photographient nus, et les tiroirs se remplissent. L'architecte Carlo Mollino laisse à sa mort, en 1973, des centaines de Polaroids de femmes posées dans son appartement de Turin, découvertes seulement après. Le téléphone, à partir de 2007, achève le mouvement : chacun a un appareil dans la poche, et un réseau derrière, ce qui change les précautions bien plus que le geste.
Ce qui se passe dans le corpsposer, diriger, se voir désiré
Poser est un travail du corps : tenir une position, retenir un souffle, s'étirer sous une consigne. Le photographe, lui, dirige : « tourne-toi », « la main là », « regarde-moi ». Le jeu redistribue le pouvoir sans un contact : l'un décide de l'image, l'autre décide de s'y prêter. Beaucoup découvrent que la direction excite autant que l'image, des deux côtés.
L'objectif ajoute un regard au regard : on est vu par l'autre et par l'appareil, c'est-à-dire par celui qui regardera plus tard, même si c'est encore soi. Cette double exposition intensifie ce que l'être-regardé produit déjà, trac et chaleur, et y ajoute une trace. Voir ensuite son propre corps désiré, sur l'écran, fait souvent plus pour l'image de soi que des années de miroir : c'est l'autre qui a choisi le cadre.
Le portrait sans nudité
Un visage, une épaule, une main sur une cuisse : le jeu du photographe commence habillé et n'a pas besoin de nudité pour être intime.
La séance avec direction
Un lieu, une lumière, une série de consignes. Le modèle obéit ou refuse ; le photographe regarde à travers l'appareil, puis le pose.
Comment on s'y prendle sort des images d'abord, la lumière ensuite
- Décider du sort des images avant la première. Effacées ensemble à la fin, gardées sur un seul appareil, jamais envoyées : le sort de l'image se fixe avant qu'elle existe.
- Chercher la lumière. Une fenêtre en fin de journée, une lampe posée au sol : jamais le flash, qui aplatit tout. La lumière de côté dessine le corps.
- Commencer habillé. Un portrait, une nuque, un détail. Le modèle s'habitue à l'appareil, le photographe à diriger.
- Diriger à voix basse. « Tourne un peu », « regarde ailleurs », « reste comme ça » : des consignes courtes, et le silence entre deux. Le modèle peut refuser une pose sans se justifier.
- Regarder ensemble, puis effacer ou garder. On regarde les images à deux, tout de suite. Ce qui déplaît au modèle disparaît sur-le-champ ; ce qu'on garde, on sait où.
Les précautionsla loi, le nuage, le lendemain
Dans la cultureGoldin, Araki, Antonioni
La photographie intime a ses maîtres. Nan Goldin, dans The Ballad of Sexual Dependency (1986), photographie ses amants, ses amis, ses propres bleus, et fait de la chambre un journal ; Nobuyoshi Araki, dès Voyage sentimental (1971), transforme sa lune de miel en livre ; Helmut Newton érige la femme en statue dans les chambres d'hôtel. Au cinéma, Blow-Up (1966) d'Antonioni fait du photographe de mode un prédateur au regard de qui ses modèles se prêtent en riant, puis un homme qui ne sait plus ce qu'il a vu.
Susan Sontag, dans Sur la photographie (1977), écrivait que photographier, c'est s'approprier ce qu'on photographie. Le jeu du photographe en couple est une réponse : on se laisse approprier, pour un temps, par quelqu'un qu'on a choisi, et l'on reprend l'image après.
Dans Intiimix
Dans Intiimix, le jeu du photographe va de l'Échauffement, où l'on cadre un portrait habillé, aux Préliminaires. Le tirage désigne le photographe et le modèle et donne la consigne de la pose ; les images se regardent à deux, puis se gardent ou s'effacent selon la règle fixée avant la soirée.
La montée
À la table
- Piècele Boudoir
- Gages écrits44 · 11 racines
- Dans la démo gratuite4 gages
- Sur la commodecourgette, concombre
- Mains nuesla plupart des gages
Deux gages, doux et hard
Léo, cadre le couple Chloé et Jules dans ton objectif imaginaire : dicte une pose à deux et ajuste chaque main. Le clic tombe quand le tableau est parfait
N1Théo, joue le modèle docile : Adam te dirige comme un photographe et tu prends toutes les poses qu'il ordonne, des plus chastes aux plus provocantes
N3Léo, Chloé, Jules, Théo et Adam tiennent la place des joueurs : à table, chaque gage vous appelle par votre prénom, et s'écrit pour votre table, en couple, entre hommes ou entre femmes.
Notes
Comment s'appelle cette pratique ?
Jeu du photographe.
À quel niveau d'intimité arrive-t-elle ?
Dès le niveau 1, Échauffement. Elle monte jusqu'au niveau 3, Préliminaires.
Quels accessoires ?
Aucun n'est obligatoire. Les plus liés : courgette, concombre. Un gage à accessoire ne tombe que si l'objet est posé sur la commode.
Est-elle dans la démo gratuite ?
Oui, 4 gages. Les 44 avec le jeu complet.
Voir aussi
Strip-tease 82, Se masturber devant 98, Être regardé 262, Regarder 62, Positions exposées 81, Verbalisation / Description 49, Devant tout le monde 24.
SourcesNan Goldin, The Ballad of Sexual Dependency, 1986 · Susan Sontag, On Photography (Sur la photographie), 1977 · Code pénal, art. 226-1 et 226-2-1 (loi n° 2016-1321 du 7 octobre 2016 pour une République numérique) · Michelangelo Antonioni, Blow-Up, 1966