Lexique · Exhibition / Voyeurisme · le Boudoir et le Donjon
Regarder
scopophilie, n.
scopophilie, du grec skopein, « regarder », et philia ; « voyeur », substantif français tiré de voir, passé tel quel en anglais vers 1900. Krafft-Ebing parlait de mixoscopie pour le plaisir de regarder d'autres faire l'amour ; le milieu dit simplement watching.
Regarder l'autre se déshabiller, se caresser, jouir, sans le toucher : le désir passe par les yeux seuls. C'est le pôle actif de la scopophilie, celui du voyeur, quand le voyeur est invité.
D'où vient le gested'Actéon à l'invitation
Les mythes punissent le regard. Actéon surprend Diane au bain et, dans les Métamorphoses d'Ovide, la déesse le change en cerf que ses propres chiens dévorent ; Suzanne, dans le Livre de Daniel, est épiée par deux vieillards qui la font condamner avant d'être confondus. Les peintres, de Tintoret à Artemisia Gentileschi (1610), ont fait de ces scènes un prétexte pour regarder à leur tour : le spectateur du tableau est le troisième voyeur. Le regard interdit est le plus vieux sujet de l'art.
La médecine du XIXe siècle en fait une catégorie : Krafft-Ebing, dans Psychopathia Sexualis (1886), range le plaisir d'épier parmi les perversions, et Freud, en 1905, en fait une pulsion partielle universelle. La différence entre le voyeur de la clinique et celui du couple tient en un mot : l'invitation. Regarder quelqu'un qui ne le sait pas est un délit ; regarder quelqu'un qui se montre pour vous est une pratique, sans doute la plus répandue et la moins nommée de toutes.
Ce qui se passe dans le corpsla pupille répond avant la main
La vue est le sens le plus rapide du désir. Une image érotique déclenche des réponses génitales en quelques secondes, chez les hommes comme chez les femmes : la revue de Rupp et Wallen (2008) montre que la différence entre les sexes tient moins à la réponse du corps qu'à ce que chacun en dit. La pupille raconte le reste : dès les années 1960, Eckhard Hess a montré qu'elle se dilate devant ce qui attire, sans que l'on puisse rien y faire. Regarder l'autre, c'est déjà répondre.
Regarder sans toucher ajoute la frustration, qui est un amplificateur. Les mains restées pour soi, le corps qui veut aller vers ce qu'il voit et s'en empêche : cette tension monte à mesure et fait de la première caresse, quand elle vient, un événement. On a aussi proposé que voir un geste de plaisir en active la trace dans le corps de celui qui regarde, comme un écho ; ce que l'on sait avec certitude, c'est que le spectacle de l'excitation excite.
Le spectateur à distance
Assis, à quelques pas, les mains pour lui : il regarde tout, ne touche rien. La frustration fait partie du numéro.
L'œil au plus près sans distance
Allongé contre l'autre, la joue sur sa cuisse, à regarder de tout près ce qu'on ne voit jamais. Sans toucher, ou presque.
Comment on s'y prenddemander à voir, garder ses mains
- Demander à voir. « Laisse-moi te regarder » : la formule change une scène ordinaire. L'autre sait qu'il est vu et peut jouer avec ça, ou simplement continuer.
- S'installer. Un fauteuil face au lit, la lumière sur l'autre et non sur soi, le téléphone dans une autre pièce. Le regard a besoin de confort.
- Regarder tout. Pas seulement le sexe : le visage, les mains, le souffle, les pieds qui se crispent. Ce qu'on découvre en regardant, c'est ce qu'on ne voit jamais quand on participe.
- Garder ses mains. Pour soi, ou posées sur ses genoux : la règle du voyeur invité. Elle tombe quand l'autre le demande, pas avant.
- Dire ce qu'on voit. À voix basse, décrire : la couleur, le mouvement, ce que le corps de l'autre fait sans qu'il le sache. Le regard devient caresse.
Les précautionsl'invitation, et rien d'autre
Dans la cultureune fenêtre sur cour, un placard, une serrure
Le voyeur est un héros de cinéma. James Stewart, jambe dans le plâtre, épie ses voisins dans Fenêtre sur cour (1954) et Hitchcock nous rend complices : nous regardons avec lui. Michael Powell va plus loin dans Le Voyeur (Peeping Tom, 1960), où un cameraman filme la peur de ses victimes ; le film ruine sa carrière et devient culte. Dans Blue Velvet (1986), Kyle MacLachlan enfermé dans un placard regarde Isabella Rossellini, et David Lynch fait du regard clandestin le cœur du désir américain.
Sartre, dans L'Être et le Néant, décrit un homme l'œil au trou d'une serrure, absorbé, jusqu'à ce qu'un pas dans le couloir le fasse exister comme voyeur, honteux : le regard des autres nous fabrique. La pratique de couple retourne la scène : ici, celui qui regarde n'est pas surpris, il est attendu.
Dans Intiimix
Dans Intiimix, regarder se joue à tous les niveaux : un regard tenu pendant l'Échauffement, un spectacle imposé à distance plus tard. Le tirage désigne le spectateur, lui interdit les mains ou les lui rend, et à plusieurs, distribue les rôles entre ceux qui font et ceux qui regardent.
La montée
À la table
- Piècesle Boudoir · 19 et le Donjon · 10
- Gages écrits62 · 29 racines
- Dans la démo gratuite4 gages
- Sur la commodeconcombre, courgette, gloss comestible
- Mains nuesla plupart des gages
Trois gages : doux, hard, et un du Donjon
Chloé, applique le gloss sur les lèvres de Léo et de Jules : ordonne aux deux de se rencontrer dans un baiser sous tes yeux.
N1Théo, masturbe-toi face à Adam et Nathan sans les quitter des yeux : Adam et Nathan, regardez sans toucher
N3Jade, retire ton t-shirt. Emma, caresse son torse. Camille, interdiction de toucher Jade : chaque frôlement volé = une tape sur la main
N2Chloé, Léo, Jules, Théo, Adam, Nathan, Jade, Emma et Camille tiennent la place des joueurs : à table, chaque gage vous appelle par votre prénom, et s'écrit pour votre table, en couple, entre hommes ou entre femmes.
Notes
Comment s'appelle cette pratique ?
Regarder, aussi appelée scopophilie.
À quel niveau d'intimité arrive-t-elle ?
Dès le niveau 1, Échauffement. Elle monte jusqu'au niveau 4, Pénétration.
Quels accessoires ?
Aucun n'est obligatoire. Les plus liés : concombre, courgette, gloss comestible. Un gage à accessoire ne tombe que si l'objet est posé sur la commode.
Est-elle dans la démo gratuite ?
Oui, 4 gages. Les 62 avec le jeu complet, dont les 10 racines du Donjon.
Voir aussi
Strip-tease 82, Se masturber devant 98, Être regardé 262, Jeu du photographe 44, Positions exposées 81, Verbalisation / Description 49, Devant tout le monde 24.
SourcesKrafft-Ebing, Psychopathia Sexualis, 1886 · Eckhard Hess, « Attitude and pupil size », Scientific American, 1965 · Rupp & Wallen, « Sex differences in response to visual sexual stimuli: a review », Archives of Sexual Behavior, 2008 · Alfred Hitchcock, Fenêtre sur cour (Rear Window), 1954 ; Michael Powell, Peeping Tom, 1960