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Edge play, le dessin du jeu

Pratiques extrêmes · le Donjon

Edge play

angl. Edge play

Jouer au bord : là où la peur, le tabou ou le risque sont le sujet même du jeu. Le mot ne nomme pas une technique mais une frontière, la sienne, celle de l'autre, celle de la loi : ce qu'on n'oserait pas, ce qu'on ne devrait pas, ce qui pourrait mal tourner. Une pratique de négociation avant d'être une pratique du corps.

  1. 1Échauffement
  2. 2Déshabillage
  3. 3Préliminaires
  4. 4Pénétration
  • 32 gages écrits
  • Le Donjon
  • Le jeu complet (le Donjon)
  • Sur la commode : corde, bandeau (yeux)

Trois gages, tels que je les sers

Tom, bande les yeux d'Eva et fais marcher Eva dans la pièce : stoppe Eva au hasard et touche une partie de son corps
Niveau 3 · Préliminaires · le Donjon
Tom, immobilise Eva face contre le lit et pénètre Eva en maintenant ses poignets plaqués au matelas
Niveau 4 · Pénétration · le Donjon
Tom, bâillonne Eva et attache ses mains dans le dos : pénètre Eva sans relâcher tes liens
Niveau 4 · Pénétration · le Donjon

Les prénoms suivent le choix du dessin : un couple, deux hommes, deux femmes. Dans le jeu, chaque gage vous appelle par le vôtre.

I · D'où vient le geste

edge, en anglais, « bord » et « tranchant » : le jeu « sur le fil ». Né dans la scène cuir américaine, le terme désignait d'abord le jeu de lame, puis tout ce que la communauté elle-même jugeait dangereux ; depuis, chacun y met son propre bord.

La notion apparaît quand la scène sadomasochiste se donne des règles. Dans les années 1970 et 1980, les premières associations, la Society of Janus à San Francisco en 1974, les groupes gays et lesbiens de la côte Est, cherchent une formule qui distingue leur jeu de la violence : ce sera safe, sane, consensual, « sûr, sain, consensuel », rédigé en 1983 pour un groupe new-yorkais par un militant nommé david stein. Le slogan fait le tour du monde, mais il laisse une zone grise : ce qui n'est pas « sûr » n'a plus de place, et pourtant on le pratique.

II · Ce qui se passe dans le corps

La peur est une mécanique connue : l'amygdale s'allume, l'adrénaline et le cortisol montent, le cœur s'emballe, les sens s'aiguisent. Ce que la psychologie a montré depuis les années 1970, c'est que cette excitation ne porte pas d'étiquette : elle se transfère sur ce qui suit. Dans une expérience célèbre, des hommes qui venaient de traverser un pont suspendu vertigineux trouvaient une inconnue plus désirable que ceux qui avaient pris une passerelle stable. Le jeu du bord exploite exactement cela : la peur, une fois qu'elle a un cadre et un signal, se convertit en désir.

Le pont de Capilano

Dutton et Aron, 1974 : l'excitation d'un danger se transfère sur la personne qu'on rencontre juste après. La peur, cadrée, est un aphrodisiaque.

Le feu tricolore

Vert, orange, rouge : trois mots que celui qui mène demande régulièrement, parce que dans la peur, la voix ne vient pas toujours d'elle-même. Un geste convenu double le mot.

III · Comment on s'y prend

  1. 1Nommer sa peur.Quel bord ? Le noir, l'inconnu, l'abandon, l'humiliation, la lame, la contrainte : chacun en a un précis, et il se dit à voix haute, avec ce qu'il y a derrière. Sans ce nom, il n'y a pas de jeu, il y a une surprise.
  2. 2Négocier tout, par écrit s'il le faut.Ce qui est permis, ce qui ne l'est pas, ce qui est permis mais pas cette fois, les mots qu'on ne dit jamais. Plus le jeu s'approche du bord, plus le contrat est long ; le non-consentement mis en scène est celui qui demande le plus de mots.
  3. 3Doubler le signal.Un mot d'arrêt et un geste, parce que la voix peut manquer ; et des vérifications régulières de celui qui mène, à voix haute, avec réponse obligatoire. Un silence est un rouge.
  4. 4Doser.La première fois est courte, moins loin que prévu, dans un lieu connu, avec quelqu'un d'autre à portée. On approche du bord par paliers, jamais d'un coup.
  5. 5Prévoir l'après, et le surlendemain.Le retour est long : chaleur, eau, mots, et le lendemain un message, parce que la chute d'adrénaline arrive parfois à vingt-quatre ou quarante-huit heures, chez celui qui a reçu comme chez celui qui a mené.

IV · Les précautions

  • Jamais seul, jamais improvisé, jamais sous substance. Le jeu du bord ne se tente ni en fin de soirée arrosée, ni avec un inconnu, ni sur un coup de tête. Une tierce personne au courant, ou dans la maison, n'est pas un luxe pour les scènes les plus lourdes.
  • Pas dans une mauvaise période. Deuil, dépression, rupture, traumatisme récent : la peur jouée y devient une peur vraie. On remet à plus tard, sans discussion.
  • Reconnaître la sidération. Regard fixe, absence de réponse, corps mou ou rigide, larmes sans mots : ce n'est pas du jeu, c'est un corps qui a décroché. On arrête, on éclaire, on couvre, on parle doucement, on reste. Si cela se reproduit, on cherche l'aide d'un professionnel.
  • Le consentement ne couvre pas tout devant la loi. En Europe, les tribunaux ont jugé à plusieurs reprises que le consentement ne fait pas disparaître la responsabilité pénale quand une pratique cause des blessures graves. Le bord juridique existe aussi ; on le connaît avant de jouer.

La Roue, à retenir

Le bord est propre à chacun : la peur, le tabou, le risque qu'on choisit de regarder en face. Il se nomme, se négocie longuement, se dose par paliers, avec un signal doublé et des vérifications à voix haute, parce que la peur fait parfois taire. L'après compte autant que la scène.

Vos questions

Comment s'appelle cette pratique ?
Edge play. Dans le milieu : Edge play.
À quel niveau d'intimité arrive-t-elle ?
Dès le niveau 3, Préliminaires. Elle monte jusqu'au niveau 4, Pénétration.
Quels accessoires ?
Aucun n'est obligatoire. Les plus liés : corde, bandeau (yeux), gode ceinture. Un gage à accessoire ne tombe que si l'objet est posé sur la commode.
Est-elle dans l'essai gratuit ?
Non : c'est une pratique du Donjon, qui s'ouvre avec le jeu complet.

Dans la même famille

Le Donjon, et cette pratique avec lui, s'ouvre avec le jeu complet : un achat, le jeu vous appartient.

Jouer gratuitement