Lexique · Pratiques extrêmes · le Donjon
Edge play
angl. Edge play
edge, en anglais, « bord » et « tranchant » : le jeu « sur le fil ». Né dans la scène cuir américaine, le terme désignait d'abord le jeu de lame, puis tout ce que la communauté elle-même jugeait dangereux ; depuis, chacun y met son propre bord.
Jouer au bord : là où la peur, le tabou ou le risque sont le sujet même du jeu. Le mot ne nomme pas une technique mais une frontière, la sienne, celle de la table, celle de la loi : ce qu'on n'oserait pas, ce qu'on ne devrait pas, ce qui pourrait mal tourner. Une pratique de négociation avant d'être une pratique du corps.
D'où vient le gestede « sain, sûr, consensuel » au risque assumé
La notion apparaît quand la scène sadomasochiste se donne des règles. Dans les années 1970 et 1980, les premières associations, la Society of Janus à San Francisco en 1974, les groupes gays et lesbiens de la côte Est, cherchent une formule qui distingue leur jeu de la violence : ce sera safe, sane, consensual, « sûr, sain, consensuel », rédigé en 1983 pour un groupe new-yorkais par un militant nommé david stein. Le slogan fait le tour du monde, mais il laisse une zone grise : ce qui n'est pas « sûr » n'a plus de place, et pourtant on le pratique.
Pour cette zone, un autre acronyme est forgé à la fin des années 1990 : RACK, risk-aware consensual kink, le kink consenti en connaissance du risque. Il ne dit pas que tout est permis ; il dit que certaines pratiques comportent un risque qu'on ne peut pas annuler, seulement connaître. L'edge play est le nom de ces pratiques : le souffle, la lame, le feu, les aiguilles, mais aussi le rapt simulé, l'humiliation profonde, le non-consentement mis en scène, tout ce qui touche à une peur réelle.
Ce qui se passe dans le corpsla peur qui devient désir, et le point où elle cesse
La peur est une mécanique connue : l'amygdale s'allume, l'adrénaline et le cortisol montent, le cœur s'emballe, les sens s'aiguisent. Ce que la psychologie a montré depuis les années 1970, c'est que cette excitation ne porte pas d'étiquette : elle se transfère sur ce qui suit. Dans une expérience célèbre, des hommes qui venaient de traverser un pont suspendu vertigineux trouvaient une inconnue plus désirable que ceux qui avaient pris une passerelle stable. Le jeu du bord exploite exactement cela : la peur, une fois qu'elle a un cadre et un signal, se convertit en désir.
La même mécanique a un revers. Passé un seuil, la peur ne se convertit plus : le corps se fige, la parole se bloque, l'esprit se détache de la scène. Cette sidération, connue des cliniciens du traumatisme, est le vrai danger de la pratique : celui qui la subit ne peut plus dire son mot d'arrêt, et celui qui mène peut prendre le silence pour un consentement. D'où les vérifications actives, et la prudence avec les anciens traumatismes, que le jeu réveille parfois.
Le pont de Capilano l'expérience
Dutton et Aron, 1974 : l'excitation d'un danger se transfère sur la personne qu'on rencontre juste après. La peur, cadrée, est un aphrodisiaque.
Le feu tricolore le signal
Vert, orange, rouge : trois mots que celui qui mène demande régulièrement, parce que dans la peur, la voix ne vient pas toujours d'elle-même. Un geste convenu double le mot.
Comment on s'y prendnommer le bord, puis le doser
- Nommer sa peur. Quel bord ? Le noir, l'inconnu, l'abandon, l'humiliation, la lame, la contrainte : chacun en a un précis, et il se dit à voix haute, avec ce qu'il y a derrière. Sans ce nom, il n'y a pas de jeu, il y a une surprise.
- Négocier tout, par écrit s'il le faut. Ce qui est permis, ce qui ne l'est pas, ce qui est permis mais pas cette fois, les mots qu'on ne dit jamais. Plus le jeu s'approche du bord, plus le contrat est long ; le non-consentement mis en scène est celui qui demande le plus de mots.
- Doubler le signal. Un mot d'arrêt et un geste, parce que la voix peut manquer ; et des vérifications régulières de celui qui mène, à voix haute, avec réponse obligatoire. Un silence est un rouge.
- Doser. La première fois est courte, moins loin que prévu, dans un lieu connu, avec quelqu'un d'autre à portée. On approche du bord par paliers, jamais d'un coup.
- Prévoir l'après, et le surlendemain. Le retour est long : chaleur, eau, mots, et le lendemain un message, parce que la chute d'adrénaline arrive parfois à vingt-quatre ou quarante-huit heures, chez celui qui a reçu comme chez celui qui a mené.
Les précautionsle bord est réel, la chute aussi
Dans la cultureBataille, Réage et l'affaire Spanner
La littérature française a pensé le bord avant que la scène ne le nomme : Georges Bataille, dans L'Érotisme (1957), fait de la transgression le cœur du désir, non pas l'abolition de l'interdit mais son franchissement, l'interdit restant là pour donner au geste sa charge. Histoire d'O (1954) en est le roman : une femme qui consent, pas à pas, à ce qui lui fait peur.
L'affaire Spanner, en Grande-Bretagne, a donné au bord sa dimension juridique : en 1990, un groupe d'hommes fut condamné pour des pratiques sadomasochistes consenties entre adultes, et la Chambre des lords, en 1993, confirma que le consentement n'était pas une défense pour des blessures de ce type. C'est en partie contre cette affaire que s'est écrite l'idée d'un risque connu et assumé plutôt que nié.
Dans Intiimix
Dans Intiimix, le bord vit derrière la porte du Donjon, aux niveaux Préliminaires et Pénétration : les yeux bandés et les mains liées sans savoir ce qui vient, le corps plaqué au mur et tenu, la marche à l'aveugle arrêtée au hasard, la lame émoussée sur des corps immobilisés. Le signal d'arrêt et la Charte du Donjon encadrent chaque gage ; celui qui reçoit garde le dernier mot.
La montée
À la table
- Piècele Donjon
- Gages écrits32 · 8 racines
- Dans la démo gratuitele jeu complet
- Sur la commodecorde, bandeau (yeux), gode ceinture
- Mains nuesla plupart des gages
Deux gages, doux et hard
Léo, attache les mains de Chloé et celles de Jules : Inès, passe le couteau émoussé sur les corps immobilisés de Chloé et Jules
N3Théo, reste attaché pendant qu'Adam alterne glace, cire tiède, griffures et caresses sur ton corps. Tu n'as aucun contrôle sur ce qui vient ensuite.
N4Léo, Chloé, Jules, Inès, Théo et Adam tiennent la place des joueurs : à table, chaque gage vous appelle par votre prénom, et s'écrit pour votre table, en couple, entre hommes ou entre femmes.
Notes
Comment s'appelle cette pratique ?
Edge play. Dans le milieu : Edge play.
À quel niveau d'intimité arrive-t-elle ?
Dès le niveau 3, Préliminaires. Elle monte jusqu'au niveau 4, Pénétration.
Quels accessoires ?
Aucun n'est obligatoire. Les plus liés : corde, bandeau (yeux), gode ceinture. Un gage à accessoire ne tombe que si l'objet est posé sur la commode.
Est-elle dans la démo gratuite ?
Non : c'est une pratique du Donjon, qui s'ouvre avec le jeu complet.
Voir aussi
CBT 10, Sounding 6, Scatologie 40, Émétophilie 31, Blood play 32, Fisting Vaginal 8, Fisting Anal 20, Breath play 73, Knife Play 91, Fire play 56, Needle play 52.
Sourcesdavid stein, « Safe Sane Consensual: The Making of a Shibboleth », 2000 · Donald Dutton & Arthur Aron, « Some evidence for heightened sexual attraction under conditions of high anxiety », Journal of Personality and Social Psychology, 1974 · Georges Bataille, L'Érotisme, 1957 ; Pauline Réage, Histoire d'O, 1954 · Jay Wiseman, SM 101: A Realistic Introduction, 1996