Lexique · Pratiques extrêmes · le Donjon
Needle play
piquerisme, n. · angl. Needle play, play piercing
piquerisme, forgé sur le français piquer : la psychiatrie du XIXe siècle y range les « piqueurs », ces hommes qui, à Paris vers 1820, blessaient des femmes d'un coup d'aiguille dans la foule. Play piercing, « perçage de jeu », et needle play, « jeu d'aiguilles », sont les termes du milieu.
Traverser la peau d'aiguilles fines et stériles, sans rien y laisser : elles restent quelques minutes, dessinent une ligne ou un motif, puis s'enlèvent et la peau se referme. Une pratique de piqûre, donc d'endorphines ; une pratique de sang, donc de stérilité absolue. Le piercing sans bijou, le temps d'une soirée.
D'où vient le gestedes rites de transe au manuel de la scène
Percer la peau pour en tirer un état second est un geste rituel sur plusieurs continents : les dévots tamouls de Thaipusam traversent leurs joues et leur dos de broches pour porter le kavadi ; la Danse du Soleil des peuples des Plaines, interdite par le gouvernement américain à la fin du XIXe siècle avant d'être rétablie, suspend les danseurs à des crochets plantés dans la poitrine. Dans ces rites, la douleur est un passage et l'aiguille une porte.
La version moderne descend de Fakir Musafar, de son vrai nom Roland Loomis, qui a reproduit ces rites sur son propre corps dès les années 1950 et les a montrés dans le film Dances Sacred and Profane (1985) ; le livre Modern Primitives (1989), qui le met en couverture, lance le mouvement du même nom et, dans son sillage, le play piercing au sein de la scène cuir. Les manuels arrivent dans les années 2000, avec des protocoles empruntés à la médecine : aiguilles hypodermiques stériles, gants, désinfection, collecteur pour objets piquants.
Ce qui se passe dans le corpsdeux douleurs et une vague
La peau est percée par deux sortes de fibres nerveuses. Les fibres rapides transmettent la piqûre vive et précise de l'entrée ; les fibres lentes prennent le relais avec une douleur sourde, chaude, qui s'installe et s'estompe. Entre les deux, le corps répond : décharge d'adrénaline, puis libération d'endorphines, ces opioïdes internes qui donnent la flottaison que décrivent ceux qui reçoivent, et qui monte avec le nombre d'aiguilles. La peau n'a de vaisseaux qu'à partir du derme ; une aiguille fine qui reste superficielle saigne à peine, une goutte à la sortie.
Deux réactions sont à connaître. Le malaise vagal : la vue des aiguilles, ou de son propre sang, fait chuter la tension chez beaucoup de gens, avec pâleur, sueur et évanouissement ; on reçoit donc allongé, jamais debout, avec du sucre à portée. La peau ensuite : chaque piqûre est une porte pour les bactéries, et ce qui entre dans le derme peut y proliférer. C'est la raison de toute la liturgie stérile de la pratique.
L'aiguille l'objet
Hypodermique, stérile, sous emballage individuel, fine ; elle sert une fois, à une seule personne, et finit dans le collecteur. Jamais une aiguille à coudre, jamais une aiguille déjà ouverte.
Le collecteur après
La boîte jaune à couvercle des objets piquants, celle des diabétiques : les pharmacies en délivrent. Une aiguille ne finit jamais dans une poubelle.
Comment on s'y prendle protocole avant le frisson
- Se former et s'équiper. Un atelier, une personne expérimentée, puis le matériel : aiguilles hypodermiques stériles, gants de nitrile, désinfectant cutané, compresses, collecteur. Sans le collecteur, on ne commence pas.
- Préparer la peau et les mains. Celui qui reçoit est allongé sur une surface propre ; la zone est désinfectée, les mains lavées et gantées, l'emballage des aiguilles ouvert devant lui. Rien de ce qui touche l'aiguille n'a touché autre chose.
- Choisir la zone. Épaules, haut du dos, haut de la poitrine, cuisses, fesses : de la chair, pas de veine visible, pas d'articulation. L'aiguille pince un pli de peau et ressort quelques millimètres plus loin, dans le même pli, sans jamais aller en profondeur.
- Poser, laisser, regarder. Une aiguille, puis une autre, en ligne ou en éventail ; on parle, on observe la couleur du visage. Elles restent quelques minutes à une demi-heure, le temps que la vague monte, puis s'enlèvent dans l'ordre inverse, une compresse pressée sur chaque point.
- Jeter, nettoyer, veiller. Les aiguilles vont directement dans le collecteur, gants et compresses dans un sac fermé ; la peau est nettoyée et l'on s'allonge ensemble. Les points sont surveillés quelques jours.
Les précautionsle sang ne se partage pas
Dans la cultureFakir Musafar, Bob Flanagan et Ron Athey
L'aiguille a ses artistes. Bob Flanagan, poète atteint de mucoviscidose qui se disait « supermasochiste », a fait de sa douleur une œuvre jusqu'au documentaire Sick (1997) ; Ron Athey, dans ses performances des années 1990, mêlait aiguilles, sang et liturgie, et l'une d'elles, en 1994 à Minneapolis, a déclenché aux États-Unis un débat national sur le financement public de l'art. Fakir Musafar, mort en 2018, avait ouvert la voie en insistant sur ce que les rites lui avaient appris : la douleur choisie est une transe, et la transe se prépare. Loin des scènes, la pratique reste l'une des plus discrètes du répertoire ; sa culture est celle des ateliers et des mains gantées, une culture de protocole, et c'est elle qui la rend possible.
Dans Intiimix
Dans Intiimix, l'aiguille ne perce pas : elle vit derrière la porte du Donjon, aux niveaux Préliminaires et Pénétration, et se joue par la pointe stérile promenée sur la peau, gants enfilés, souvent les yeux bandés, ou par la roue de Wartenberg qui fait rouler ses pointes sur le dos et les cuisses. Le frisson de la piqûre, sans la piqûre.
La montée
À la table
- Piècele Donjon
- Gages écrits52 · 13 racines
- Dans la démo gratuitele jeu complet
- Sur la commodeaiguilles stériles, gants latex, roue de wartenberg
- Mains nuesla plupart des gages
Deux gages, doux et hard
Léo et Jules, enfilez les gants latex et plantez chacun une aiguille stérile dans la cuisse de Chloé : Chloé, reste immobile
N3Théo, tends le bras et laisse Adam faire rouler la pointe d'une aiguille stérile sur ta peau, sans la planter, en traçant des motifs sur ton avant-bras.
N4Léo, Jules, Chloé, Théo et Adam tiennent la place des joueurs : à table, chaque gage vous appelle par votre prénom, et s'écrit pour votre table, en couple, entre hommes ou entre femmes.
Notes
Comment s'appelle cette pratique ?
Needle play, aussi appelée piquerisme. Dans le milieu : Needle play, play piercing.
À quel niveau d'intimité arrive-t-elle ?
Dès le niveau 3, Préliminaires. Elle monte jusqu'au niveau 4, Pénétration.
Quels accessoires ?
Aucun n'est obligatoire. Les plus liés : aiguilles stériles, gants latex, roue de wartenberg. Un gage à accessoire ne tombe que si l'objet est posé sur la commode.
Est-elle dans la démo gratuite ?
Non : c'est une pratique du Donjon, qui s'ouvre avec le jeu complet.
Voir aussi
CBT 10, Sounding 6, Scatologie 40, Émétophilie 31, Blood play 32, Fisting Vaginal 8, Fisting Anal 20, Breath play 73, Knife Play 91, Fire play 56, Edge play 32.
SourcesV. Vale & Andrea Juno (dir.), Modern Primitives, RE/Search, 1989 · Deborah Addington, Play Piercing, Greenery Press, 2006 · Richard von Krafft-Ebing, Psychopathia Sexualis, 1886 · Recommandations des autorités sanitaires françaises sur les objets piquants (collecteurs DASRI) et fiches de réduction des risques de AIDES sur le sang et les IST