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Lexique · Jeux de rôle · le Boudoir

Escort / Client

« escorte », de l'italien scorta, « guide, accompagnement », de scorgere, « apercevoir, conduire », passé au français au XVIe siècle ; l'anglais escort a pris au XXe siècle le sens de compagnie tarifée. Le milieu dit GFE, girlfriend experience, pour la prestation qui imite la relation.

L'un paie, l'autre se vend, et rien de tout cela n'est vrai : le jeu de l'escort et du client rejoue la transaction, avec ses prix négociés, ses services listés, sa politesse froide. Ce qu'on achète n'est pas un corps mais une fiction : le désir sans dette, le plaisir avec facture.

D'où vient le gestede Nana à Belle de jour

La courtisane est une figure littéraire avant d'être un fantasme : La Dame aux camélias de Dumas fils (1848), Nana de Zola (1880), Boule de suif de Maupassant (1880) ont fait de la femme vénale l'héroïne du XIXe siècle. Mais le récit fondateur du jeu est Belle de jour de Joseph Kessel (1928), porté à l'écran par Luis Buñuel en 1967 avec Catherine Deneuve : Séverine, bourgeoise mariée, se prostitue l'après-midi, non par besoin mais par désir, et rentre le soir auprès de son mari. Le livre dit ce que le jeu répète : ce qui excite n'est pas l'argent, c'est le rôle.

Le XXe siècle a inventé le mot qui sauve la face : escort, compagnie payée, mot de bureau pour un métier de nuit. Le cinéma l'a rendu aimable avec Pretty Woman (1990), et Internet l'a rendu explicite avec le blog puis la série Journal intime d'une call girl (2007), tirés des carnets d'une escort londonienne. Le jeu de rôle prend ce vocabulaire, prix, menu, durée, et le vide de sa réalité : personne ne paie, personne ne se vend, et c'est justement pour cela que tout le monde peut jouer, dans un rôle comme dans l'autre.

Ce qui se passe dans le corpsacheter la permission

Le fantasme de la transaction repose sur un renversement : dans la vie, le désir se demande et se mérite ; dans la scène, il se paie, donc il est dû. Le client n'a plus à séduire, l'escort n'a plus à vouloir : la fiction de l'argent efface les deux embarras à la fois. Les enquêtes sur les fantasmes rangent ce scénario dans la famille du tabou et de la nouveauté (Lehmiller, 2018) ; il est fréquent chez les femmes comme chez les hommes, dans les deux rôles.

Le corps y trouve une liberté paradoxale : jouer à être payé permet de demander ce qu'on n'oserait pas demander, et jouer à payer permet de recevoir sans devoir. Diderot, dans le Paradoxe sur le comédien, soutenait que le grand acteur ne ressent rien et fait tout ressentir ; l'escort joue cette distance professionnelle, et c'est quand elle craque, ou feint de craquer, que la scène atteint ce qu'elle cherchait. Sartre parlait de la mauvaise foi du garçon de café qui joue son rôle pour ne pas avoir à être lui-même ; l'escort et le client jouent la leur en toute connaissance, et le rôle devient un refuge d'où le désir sort plus franc.

Le menu la négociation

Un prix par geste, une durée, ce qui est exclu. La négociation est la scène la plus longue et souvent la meilleure : on dit ses envies en chiffres.

L'argent faux

Billets de jeu, tickets, une enveloppe vide : le geste de payer compte, pas la somme. Aucun vrai argent, jamais.

Comment on s'y prendnégocier, puis livrer

  1. Fixer le vrai cadre. Qui joue quoi, ce que le personnage peut proposer, le mot de sortie. Le personnage marchande, la personne décide : deux adultes égaux qui se prêtent une transaction.
  2. Se donner rendez-vous. Un hôtel imaginaire, un message qui fixe l'heure, une tenue de sortie. L'escort arrive avec sa liste, le client avec ses faux billets.
  3. Négocier à voix haute. Chaque geste a un prix ; le client discute, l'escort refuse ou concède. Dire ses envies en tarifs est une façon de les dire sans rougir.
  4. Livrer la prestation. Politesse, distance feinte, professionnalisme : l'escort fait bien son travail et rien de plus, jusqu'à ce que la distance craque, ou pas.
  5. Régler et sortir du rôle. L'enveloppe passe, la porte se ferme, et l'on se retrouve en son nom : le tarif de la scène, c'est cette minute-là.

Les précautionsaucun vrai argent, aucun vrai tiers

Le mot de sortie n'est pas « non ». Le personnage peut refuser un service, marchander, hésiter : ce sont des répliques. Le mot convenu, lui, arrête tout.
Pas d'argent réel. Une somme vraie change la scène en autre chose et laisse une trace : billets de jeu, tickets, ou rien. En France, l'achat d'un acte sexuel est d'ailleurs interdit depuis 2016 ; le jeu reste un jeu, entre partenaires.
Ce qui est vendu reste dans la liste. L'escort a fixé son menu avant : ce qui n'y est pas ne s'achète pas, quel que soit le prix offert. La liste est la limite.
Le rôle se dépose. Se faire traiter comme un service laisse parfois un goût : après, on le dit. Le client demande, l'escort répond, en leur nom.

Dans la cultureSéverine, l'après-midi

Belle de jour reste la référence : le film de Buñuel, Lion d'or à Venise en 1967, n'explique jamais Séverine et c'est sa force ; ses rêveries, ses clients, la maison de Madame Anaïs disent le fantasme sans le juger. Vingt ans plus tard, Pretty Woman en a fait le conte de fées inverse, et Steven Soderbergh, avec The Girlfriend Experience (2009), la version froide, où l'escort vend une intimité mesurée à la minute. Entre ces trois films tient tout le jeu : le désir, la fable, et la facture.

À retenirCe qu'on achète dans la scène n'est pas un corps, c'est la permission : le client n'a plus à séduire, l'escort n'a plus à vouloir. Aucun vrai argent, une liste qui fait loi, un mot qui rend chacun à son nom.

Dans Intiimix

Une pratique de la salle Jeux de rôle, dans le Boudoir, qui entre au niveau 4, Pénétration.

La montée

1Échauffement
2Déshabillage
3Préliminaires
4Pénétration

À la table

  • Piècele Boudoir
  • Gages écrits8 · 2 racines
  • Dans la démo gratuite2 gages
  • Mains nuesla plupart des gages

Un gage, pour goûter

Léo, en client qui a payé le prix fort, tu dois satisfaire tous les désirs de l'escort Chloé : elle dicte, tu exécutes, sans négocier ni refuser

Niveau 4 · Pénétration · un couple
N4

Léo et Chloé tiennent la place des joueurs : à table, chaque gage vous appelle par votre prénom, et s'écrit pour votre table, en couple, entre hommes ou entre femmes.

Notes

Comment s'appelle cette pratique ?

Escort / Client.

À quel niveau d'intimité arrive-t-elle ?

Dès le niveau 4, Pénétration.

Quels accessoires ?

Aucun : la pratique se joue mains nues.

Est-elle dans la démo gratuite ?

Oui, 2 gages. Les 8 avec le jeu complet.

Voir aussi

Médecin / Patient 18, Prof / Élève 8, Patron / Employé 8, Inconnus 8, Cambrioleur 8, Policier / Suspect 8, Photographe / Modèle 16, Masseur / Client 8, Réparateur / Propriétaire 8, Vampire / Victime 8, Kidnappeur / Otage 8, Prêtre / Pénitent(e) 8, Alien / Humain 8.

SourcesKessel, Belle de jour, 1928 ; Buñuel, Belle de jour, 1967 · Lehmiller, Tell Me What You Want: The Science of Sexual Desire, 2018 · Diderot, Paradoxe sur le comédien, rédigé vers 1773-1777, publié en 1830 · Sartre, L'Être et le Néant, 1943 (le garçon de café)

Jouez-la ce soir

2 gages de cette pratique dans la démo gratuite, les 8 avec le jeu complet : un achat, le jeu vous appartient.

Jouer la démoLe jeu complet, 29,90 €