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Lexique · Jeux de rôle · le Boudoir

Photographe / Modèle

« photographie », du grec phôs, « lumière », et graphein, « écrire » : le mot est forgé en 1839, l'année où Daguerre rend public son procédé. « modèle », de l'italien modello : la personne qui pose pour l'artiste, terme d'atelier avant d'être terme de studio.

L'un tient l'appareil, l'autre pose : le regard devient un métier, et se laisser regarder, un rôle. Le scénario du photographe et de son modèle joue sur la licence que donne l'objectif : on peut fixer, diriger, demander de se découvrir, parce que « c'est pour la photo ». Il se joue avec ou sans vraie image.

D'où vient le gestede l'atelier du peintre à la chambre noire

Avant l'appareil, il y avait l'atelier. Le modèle qui pose nu pour le peintre est une institution des académies européennes depuis la Renaissance, et le mot « académie » désigne d'ailleurs, chez les marchands d'estampes, une étude de nu. La photographie hérite de ce vocabulaire dès ses premières années : les daguerréotypes de nus des années 1840 et 1850 se vendent sous le nom d'« académies », prétexte artistique qui permet de montrer un corps. Le couple photographe-modèle naît là, avec sa hiérarchie : celui qui regarde décide, celle ou celui qu'on regarde tient la pose.

Le XXe siècle en fait une figure du désir. La mode invente le photographe-star et le shooting comme scène de séduction ; le cinéma en fixe l'image en 1966 avec Blow-Up de Michelangelo Antonioni, où un photographe londonien inspiré de David Bailey fait rouler son modèle au sol en la mitraillant, dans une scène qui tient lieu d'étreinte. Le film obtient la Palme d'or à Cannes l'année suivante. Puis vient le Polaroid : à partir des années 1970, l'image instantanée entre dans les chambres, sans laboratoire ni tiers, et le jeu du photographe devient un jeu de couple.

Ce qui se passe dans le corpsêtre regardé, et l'autoriser

Être regardé fixement met le corps en alerte : le rythme cardiaque monte, la peau se tend, l'attention se retourne sur soi. En temps ordinaire, cette gêne fait baisser les yeux. Le scénario retourne l'inconfort en plaisir parce qu'il donne au regard une raison : l'objectif justifie l'insistance, le modèle peut soutenir ce qui, sans cadre, serait intrusif. Les psychologues parlent d'objectification pour décrire ce que fait un regard qui réduit une personne à son corps ; consentie et choisie, l'expérience change de sens et devient une forme d'exhibition tranquille, protégée par le rôle.

Pour celui qui tient l'appareil, l'écran ou le viseur fait office de cadre au sens propre : on regarde plus longtemps, plus précisément, on ose diriger (« tourne-toi », « baisse la bretelle ») d'une voix qui n'a rien à justifier. Ce qui excite n'est pas l'image finale, souvent inexistante, mais la durée du regard et le pouvoir de composer l'autre. Le modèle, lui, sent chaque consigne comme un contact : la pose est un toucher à distance.

Avec appareil l'image existe

Téléphone ou boîtier : on photographie vraiment. Le jeu a une trace, et la trace se décide à deux avant le premier déclic.

Sans appareil le cadre seul

Les mains en rectangle, un carton évidé, un objectif sans carte mémoire : tout le rôle, aucune image. La version la plus simple, et la plus sûre.

Comment on s'y prendla lumière, la consigne, la pose

  1. Décider du sort des images. Aucune, quelques-unes effacées ensemble, ou gardées sur un seul appareil verrouillé : on tranche avant, jamais après.
  2. Préparer la scène. Une lampe déplacée, un drap tendu, un fauteuil : le studio se fabrique en cinq minutes. Le photographe s'habille, le modèle attend en peignoir.
  3. Diriger par la voix. Le photographe ne touche pas, il demande : la tête, la main, le vêtement qui glisse. Chaque consigne est un cran de plus, et le modèle décide s'il l'exécute.
  4. Tenir la pose. Le modèle reste immobile pendant que le regard travaille : c'est le cœur du jeu. Trente secondes sous l'objectif valent une caresse.
  5. Passer de l'autre côté. Le photographe finit par poser l'appareil, ou le modèle par le prendre. Le renversement des rôles est souvent la meilleure image de la soirée.

Les précautionsl'image dure plus longtemps que le jeu

Pas de visage sans accord. Un corps sans tête se reconnaît mal ; un visage se reconnaît toujours. On photographie ce que l'autre accepte de voir circuler, et rien d'autre.
Le téléphone n'est pas un coffre. Sauvegardes automatiques, cloud, galeries partagées : une photo prise sur un téléphone se copie seule. On sait où elle va avant de la prendre.
La diffusion sans consentement est un délit. En France, partager une image intime d'une personne sans son accord est puni par la loi, y compris quand la photo avait été prise avec son consentement. Le jeu s'arrête à la chambre.
Un mot pour sortir du rôle. Le photographe insiste, c'est son personnage ; le modèle peut dire stop d'un mot convenu, et l'objectif se baisse.

Dans la cultureun photographe dans un parc, à Londres

Le photographe de Blow-Up a fixé le personnage pour un demi-siècle : blouson, appareil au poing, modèles qui se déshabillent sur ordre. Derrière lui, une lignée réelle : Helmut Newton et ses nus monumentaux, Nan Goldin et sa Ballad of Sexual Dependency (1986), journal photographique de chambres, d'amants et de nuits. Susan Sontag, dans Sur la photographie (1977), a noté que photographier est une manière de posséder ce qu'on regarde : la chambre à coucher le sait, et en joue avec la personne qui accepte d'être possédée du regard.

À retenirL'appareil donne au regard une raison de durer, et à l'autre le droit d'être vu. Ce qui reste sur la carte mémoire se décide avant le premier déclic, jamais après.

Dans Intiimix

Dans Intiimix, le scénario se tire aux Préliminaires, quand la pose a déjà quelque chose à montrer. Le gage distribue les rôles, dicte la consigne ou la pose, et laisse le modèle décider de ce qui tombe ; l'image, elle, reste à la discrétion de la table.

La montée

1Échauffement
2Déshabillage
3Préliminaires
4Pénétration

À la table

  • Piècele Boudoir
  • Gages écrits16 · 4 racines
  • Dans la démo gratuite4 gages
  • Mains nuesla plupart des gages

Un gage, pour goûter

Léo, la séance photo dérape : Chloé te demande de poser les hanches cambrées, le regard provocateur, puis de caresser lentement ton propre torse face à l'objectif imaginaire

Niveau 3 · Préliminaires · un couple
N3

Léo et Chloé tiennent la place des joueurs : à table, chaque gage vous appelle par votre prénom, et s'écrit pour votre table, en couple, entre hommes ou entre femmes.

Notes

Comment s'appelle cette pratique ?

Photographe / Modèle.

À quel niveau d'intimité arrive-t-elle ?

Dès le niveau 3, Préliminaires.

Quels accessoires ?

Aucun : la pratique se joue mains nues.

Est-elle dans la démo gratuite ?

Oui, 4 gages. Les 16 avec le jeu complet.

Voir aussi

Médecin / Patient 18, Prof / Élève 8, Patron / Employé 8, Inconnus 8, Escort / Client 8, Cambrioleur 8, Policier / Suspect 8, Masseur / Client 8, Réparateur / Propriétaire 8, Vampire / Victime 8, Kidnappeur / Otage 8, Prêtre / Pénitent(e) 8, Alien / Humain 8.

SourcesMichelangelo Antonioni, Blow-Up, 1966 · Laura Mulvey, « Visual Pleasure and Narrative Cinema », Screen, 1975 · Fredrickson & Roberts, « Objectification Theory », Psychology of Women Quarterly, 1997 · Susan Sontag, On Photography, 1977

Jouez-la ce soir

4 gages de cette pratique dans la démo gratuite, les 16 avec le jeu complet : un achat, le jeu vous appartient.

Jouer la démoLe jeu complet, 29,90 €